a cura di Heredom |
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Extrait de Pietro Nutrizio e altri René Guénon e l'Occidente Luni Editrice
Traduction par Claude Cuvillier et Giuditta Sassi
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A propos d'un «Document confidentiel inédit» (et des «apories» de son «auteur»)
A propos d'un «Document confidentiel inédit» (et des «apories» de son «auteur»)
Antonello Balestrieri
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Il s'agit, comme nous l'avons déjà rappelé maintes fois, de l'article «De quelques énigmes dans l'oeuvre de René Guénon», paru dans Les Cahiers de l'Herne «René Guénon», 1985.
Selon la note explicative de Jean Reyor qui présentait l'article intitulé «Quelques remarques à propos de l'oeuvre de René Guénon», publié fin 1951 dans le numéro des «Etudes Traditionnelles» consacré à celui-ci lors de sa disparition, il s'agit d'un auteur qui signait simplement des initiales
«J.C.». L'étude en question, toujours selon les termes de J. Reyor, avait «été
adressée [à la Rédaction des "E.T."] en 1944 par un lecteur des "Etudes Traditionnelles" [donc par J.C.], [lecteur] qui
[avait] eu l'occasion de contacts directs avec diverses écoles orientales». Jean Reyor ajoutait qu'«à cette époque - où nous n'avions pas de communications avec René Guénon [à cause de la guerre] - des critiques de certains points importants de l'oeuvre de René Guénon s'étaient manifestées de la part de certains Hindous plus ou moins occidentalisés et de leurs disciples européens, notamment en ce qui concerne la "réincarnation"». A ce propos Reyor continuait ainsi: «Les circonstances n'ont pas permis alors la publication de cette étude, mais elle nous paraît ne rien avoir perdu de son intérêt avec le temps».
Compte tenu de l'importance et de l'intérêt que continuent d'avoir les considérations que contient cette étude spécifique - à propos de l'oeuvre de René Guénon et de certaines critiques actuelles touchant au même point ainsi qu'à d'autres qu'elle aborde également -, la «Rivista di Studi Tradizionali» en présente une traduction dans le no 89.
Les critiques auxquelles nous faisons allusion sont maintenant émises par des milieux qui ne sont plus constitués d'«hindouistes occidentalisés» comme à l'époque à laquelle J. Reyor se reporte dans sa présentation de l'étude, mais par des groupes italiens, de nature «mixte», fortement caractérisés par des tendances archéologico-traditionalistes mêlées d'un banal occultisme, et somme toute marqués par des intérêts surtout politiques.
Voir l'extrait du chapitre d'«Initiation et Réalisation spirituelle», «La
coutume contre la Tradition», cité au début de la quatrième partie de cette
étude.
Le fait que «l'auteur» admette explicitement l'esprit dans lequel le «Document»
a été rédigé, constitue pour nous une démonstration de la conscience qu'il
devait avoir en son for intérieur de la «négativité» de son attitude par rapport
à l'action globale de René Guénon; si nous insistons sur cet aspect de son
travail, c'est, comme on l'aura bien compris, à cause du danger que nous y
voyons d'un point de vue vraiment traditionnel. Nous sommes donc complètement en
désaccord sur ce point avec l'opinion de Dominique Devie qui, dans l'article
cité dans la première partie de cette étude, affirme qu'«à [son] sens la lecture
linéaire du dossier complet est loin de produire cette impression négative que
les détracteurs de Clavelle s'acharnent à répandre» («C.R.E.T.», no 6, page 108).
Il est toutefois vrai que nous exprimons notre jugement sur la base des contenus doctrinaux du «Document», alors que M. Devie s'est clairement placé, dans son examen, d'un point de vue que nous pouvons définir comme «littéraire», ou tout au plus historico-psychologique...
Cette manifestation ostentatoire de «confiance» de «l'auteur» dans la doctrine exposée par Guénon peut être aisément réfutée comme illogique et purement verbale ou, pour être bienveillant, comme velléitaire, si l'on considère toutes les remarques contraires dont il a déjà effectivement parsemé son travail jusqu'à ce point, et surtout celles, concises mais définitives, qui vont suivre. En réalité tous les doutes et toutes les hésitations que l'on trouve dans ce «Document» ne sont que des marques extérieures d'une bien modeste compréhension de la doctrine exposée par R. Guénon chez un être qui, pour résoudre les «apories» suscitées en lui par l'oeuvre qui la véhicule, ne trouva rien de mieux que d'inventer une facile et hypothétique «distinction» entre la fonction de Guénon et son comportement individuel (cet artifice commode est particulièrement mis en relief dans l'article de Dominique Devie, qui toutefois l'approuve en le qualifiant de «juste»!).
Nous signalons en outre que cette protestation de fidélité, encore plus contradictoire que tout le reste, consiste d'abord à affirmer que l'on est «d'accord [...] avec l'oeuvre doctrinale [de Guénon] [...] dans l'ordre cosmologique [et] dans celui des techniques initiatiques», pour contester ouvertement ensuite, comme on le verra tout à l'heure, ce qui constitue justement l'application des lois qui gouvernent à la fois la cosmologie et le processus du développement initiatique.
Nous laissons aux lecteurs le soin de tirer les conséquences auxquelles on aboutit de cette façon... (et du reste elles se manifesteront avec évidence dans les textes qui ont pris naissance à partir de ce «Document», surtout dans celui qui porte le titre: «Esotérisme et Christianisme autour de René Guénon», de M.-F. James).
Le terme «aboutissement» est à l'évidence en stricte conformité avec le titre donné par Archè à ses trois recueils d'articles de Jean Reyor: «Pour un aboutissement de l'oeuvre de René Guénon».
En bonne logique on devrait en déduire deux choses: primo, que, selon les utilisateurs, l'oeuvre de Guénon n'a pas encore donné de fruits jusqu'à présent; secundo, que, dans certains milieux, on pense (mais avec quelle bonne foi?) que... à l'époque, est apparu quelqu'un qui a compris l'oeuvre de Guénon mieux que son propre Auteur, ou qui a su l'appliquer mieux que lui! Nous avons déjà dû faire une remarque analogue à celle-ci dans notre article «"L'Archéomètre" e dintorni», paru dans le no 84 de la «Rivista di Studi Tradizionali» au sujet d'un autre «continuateur» de l'oeuvre de René Guénon...
Pour ce qui concerne les «moyens», et puisque «l'auteur» avance de façon emblématique le cas de la Maçonnerie, nous dirons ici, sans nous étendre davantage, que, pour ce qui relève d'une Maçonnerie conçue selon les critères que l'on peut déduire de l'oeuvre de René Guénon, on semble oublier dans ce dossier, parmi les commentaires qui en ont été faits plus ou moins directement ici ou là, et surtout dans beaucoup des articles de J. Reyor exhumés par Archè et les Editions Traditionnelles, on semble donc oublier ce que Guénon lui-même disait dans l'«Avant-propos» des «Aperçus sur l'Initiation»: «A ce propos [des organisations occidentales], nous pensons pouvoir exprimer, sans trop risquer qu'il soit mal interprété, le souhait que, parmi les représentants de ces organisations, il s'en trouve tout au moins quelques-uns à qui les considérations que nous exposons contribueront à rendre la conscience de ce qu'est véritablement l'initiation; nous n'entretenons d'ailleurs pas des espoirs exagérés à cet égard, non plus que pour tout ce qui concerne plus généralement les possibilités de restauration que l'Occident peut encore porter en lui-même. Pourtant, il en est assurément à qui la connaissance réelle fait plus défaut que la bonne volonté; mais cette bonne volonté ne suffit pas, et toute la question serait de savoir jusqu'où leur horizon intellectuel est susceptible de s'étendre, et aussi s'ils sont bien qualifiés pour passer de l'initiation virtuelle à l'initiation effective [c'est nous qui soulignons]; en tout cas, nous ne pouvons, quant à nous, rien faire de plus que de fournir quelques données dont profiteront peut-être ceux qui en seront capables et qui seront disposés à en tirer parti dans la mesure où les circonstances le leur permettront».
On pourra trouver des indices de ce que nous pensons dans la «Rivista di Studi Tradizionali» à ce sujet, et sur la position de «l'auteur» à cet égard, dans le no
70, en particulier dans deux articles: l'éditorial de Ugo Darbesio, et notre
propre étude intitulée «Nouvelles techniques d'attaque», 1re partie.
En tout état de cause, la superficialité et l'extraordinaire méconnaissance des réalités initiatiques qui doivent avoir caractérisé la pensée de «l'auteur» dans la deuxième partie de sa vie, se trouvent résumées dans le paragraphe du «Document» que nous avons laissé de côté dans le texte, paragraphe où, à titre d'exemple, «l'auteur» expose ce qu'il considérait être les «erreurs» de R. Guénon sur les moyens qu'il avait déterminés pour faire passer les lecteurs capables d'assimiler son «message» du «spéculatif» à l'«opératif» dans le domaine maçonnique; nous reproduisons ici ce passage:
«Sur les moyens, je n'en donnerai qu'un exemple: comment pouvait-on restaurer une Maçonnerie traditionnelle en dehors du support exotérique normal de cette forme d'initiation? Comment pouvait-on espérer mener à un travail sérieux [!] [c'est nous qui soulignons], soit une Loge obédientielle dont la plupart des membres étaient en dehors de tout exotérisme, soit une "Loge sauvage" dont certains membres étaient musulmans, d'autres catholiques incomplets ou frauduleux (j'entends par là ceux qui recevaient les sacrements sans avoir confessé leur qualité de Maçon) et dont un était calviniste?».
Ici, nos lecteurs pourront comparer ces assertions avec les affirmations de R. Guénon qui concluent l'«Avant-propos» des «Aperçus sur l'Initiation»:
«Nous n'irons pas plus loin dans ces réflexions préliminaires, car, redisons-le encore une fois, ce n'est pas à nous qu'il appartient d'intervenir activement dans des tentatives de ce genre; indiquer la voie à ceux qui pourront et voudront s'y engager, c'est là tout ce que nous prétendons à cet égard; et, du reste, la portée de ce que nous avons à dire est bien loin de se limiter à l'application qui peut en être faite à une forme initiatique particulière, puisqu'il s'agit avant tout des principes fondamentaux qui sont communs à toute initiation, qu'elle soit d'Orient ou d'Occident. L'essence et le but de l'initiation sont, en effet, toujours et partout les mêmes; les modalités seules diffèrent, par adaptation aux temps et aux lieux; et nous ajouterons tout de suite, pour que nul ne puisse s'y méprendre, que cette adaptation elle-même, pour être légitime, ne doit jamais être "une innovation", c'est-à-dire le produit d'une fantaisie individuelle quelconque, mais que, comme celle des formes traditionnelles en général, elle doit toujours procéder en définitive d'une origine "non-humaine", sans laquelle il ne saurait y avoir réellement ni tradition ni initiation, mais seulement quelqu'une de ces "parodies" que nous rencontrons si fréquemment dans le monde moderne, qui ne viennent de rien et ne conduisent à rien, et qui ainsi ne représentent véritablement, si l'on peut dire, que le néant pur et simple, quand elles ne sont pas les instruments inconscients de quelque chose de pire encore» [c'est nous qui soulignons].
Si, durant sa vie, «l'auteur» avait eu le courage de présenter publiquement, après la mort de Guénon, les considérations développées dans ce «Document» au lieu de vouloir les garder sous le boisseau, comme D. Devie le dit souvent dans les écrits où il s'y réfère, alors, à partir des pages de la «Rivista di Studi Tradizionali», nous aurions eu l'occasion de lui demander si ce sont ses propres considérations, ou bien celles de René Guénon, qui sont d'origine «non-humaine»? Il est maintenant trop tard pour lui poser cette question, mais on aura en tout cas bien compris que, même si nous avions pu la poser à l'époque, elle n'aurait été que de simple réthorique... Finalement, ceci ne fait qu'anticiper, dans l'un de leurs aspects, les conclusions auxquelles nous aboutirons sur l'attitude globale de «l'auteur» de ce «Document» par rapport à la fonction de René Guénon.
Au sujet des «hommes», l'insistance avec laquelle «l'auteur» revient à maintes reprises sur l'idée du «choix», fait par René Guénon, de ceux auxquels «il accordait sa confiance» est singulière (et révélatrice). Là encore, si le «Document» n'avait pas été tenu caché jusqu'après la mort de son rédacteur, on aurait pu lui demander par quel moyen il pensait que Guénon pouvait se mettre en contact avec les êtres auxquels il destinait son oeuvre, sinon par les réactions actives de ces derniers à la lecture de ses écrits.
On peut voir à ce propos le passage suivant d'«Orient et Occident» (page 171)
que nous avons déjà cité en partie dans la 3e section de cette étude: «[...] Si l'on est persuadé de la nécessité de certains changements, il faut bien commencer à faire quelque chose en ce sens [c'est-à-dire exprimer certaines idées] et
tout au moins donner, à ceux qui en sont capables (car il doit y en avoir malgré tout), l'occasion de développer leurs facultés latentes. La première difficulté est d'atteindre ceux qui sont ainsi qualifiés, et qui peuvent ne soupçonner aucunement leurs propres possibilités» [c'est nous qui soulignons].
Il nous paraît évident que ce que «l'auteur» appellera «les erreurs [de René Guénon] concernant les hommes dont il a encouragé et "couvert" les activités» ne représente que leurs propres faiblesses, faiblesses qui pouvaient d'ailleurs être transitoires, voire éventuellement surmontables - au fur et à mesure de leur réceptivité à son rôle et de leur possibilité de les dépasser -, faiblesses de toute façon amendables, mais seulement
à condition qu'ils les envisagent dans leur véritable nature d'empêchements à
une «réalisation spirituelle» comme suggéré par Guénon. Tout ceci se relie, et,
de même, ce qui nous semble clair - d'après ce que René Guénon a expliqué dès le
début sur ce que «l'auteur» appelle, avec un mépris désapprobateur, la «carrière de Guénon» -, c'est ce qui concerne l'attitude essentiellement active qui doit être celle de l'initié pendant ce qui sera pour lui la «grande guerre sainte», à savoir le processus d'élimination de ses propres préjugés et défauts; et une faillite survenant au cours de ce processus ne pourra certainement pas être imputable à celui qui, selon les apparences extérieures, a suscité ce processus.
Comme nous l'avons déjà vu dans le «Document», «l'auteur» affirme ne pas avoir très bien compris la distinction, constamment établie par R. Guénon, entre initiation et mysticisme (ce dernier étant caractérisé par une passivité de fond qu'entretient le sujet qui se veut connaissant vis-à-vis de ses propres limitations et qui ne lui permet pas de se libérer de celles-ci): ce que nous sommes en train de souligner ne fait que confirmer qu'en réalité il ne comprit jamais cette distinction et demeura jusqu'à la fin (si l'on peut considérer ceci comme son «testament»...) un Occidental de mentalité.
Par cette expression «l'auteur» se réfère au titre d'un roman d'aventures de l'Américain J. Fenimore Cooper, dont la mention dans ce contexte ne manque pas, selon nous, de constituer une autre marque, plutôt tragique, de son niveau d'appréciation des choses dont il traite, tout au moins au «moment» où il décida de rédiger le «Document».
Voir, à ce propos, notre article, «Nouvelles techniques d'attaque contre
l'oeuvre de René Guénon», 1re partie, no 70 de la «Rivista di Studi Tradizionali».
Il semble que personne ne se soit jamais aperçu des trois courts paragraphes suivants, ni de la menace progressive dont il sont chargés, qui se trouvent aux pages 11-12 de l'«Avant-propos» de «la
Vie simple de René Guénon», écrit par P. Chacornac avec la collaboration de «l'auteur»:
«Il y a aussi dans notre travail, des lacunes volontaires et on conviendra qu'il ne peut en être autrement quand on écrit à une époque si proche des événements relatés: nous ne pouvions mettre en cause de tierces personnes sans leur autorisation, et il est des cas où nous ne pouvions même pas envisager de la demander [?].
Surtout sur la période [de la vie de Guénon] qui va du début de 1929 à la fin de 1950, nous aurions pu dire beaucoup plus que nous n'avons dit, notamment en ce qui concerne les espérances et les déceptions éprouvées par Guénon relativement à certains prolongements de son oeuvre. Ce n'eût pas été agréable pour tout le monde et Guénon ne l'eût certainement pas souhaité. Même sur le terrain des faits, il est des silences dont nous ne nous départirons pas, à moins que des manifestations inopportunes ne nous y contraignent» [c'est nous qui soulignons].
C'est pour de bonnes raisons que nous croyons savoir ce que voulait dire «l'auteur» par ces «manifestations», et nous pouvons donc estimer que le «Document confidentiel inédit» a constitué sa réponse lorsqu'elles se sont produites...
Nous laissons aux lecteurs le choix du qualificatif qu'il convient d'attribuer à l'attitude révélée par les trois paragraphes cités. En tout cas, face au genre de «révélations» historiques que présente le dossier aujourd'hui publié erga omnes (peut-être M. Devie est-il proche de la vérité lorsqu'il rapporte l'opinion de quelqu'un qui pense que «l'auteur» a parfois confondu son rôle avec celui d'une pipelette), ce qui nous paraît surtout déplacé, c'est que l'on puisse parler d'une «carrière initiatique» pour son rédacteur.
Il n'est du reste pas difficile de comprendre de ce qui ressort du «Document» au point [2], que, dans l'esprit de «l'auteur» et d'un point de vue un peu différent de celui sous lequel nous avons envisagé le même point en note 8, les «erreurs [de R. Guénon] concernant les hommes dont il a encouragé et "couvert" les activités» sont essentiellement sous-tendues aussi par un fil conducteur unique: le fait que ces hommes n'aient pas partagé son propre avis sur ce qui, dans l'oeuvre de Guénon, «touche à l'état actuel du Christianisme», et qu'ils aient par conséquent adopté pour eux-mêmes et en tant que véhicule de réalisation «pratique» des contenus doctrinaux de cette oeuvre une forme traditionnelle différente de celui-ci.
Quoi qu'il en soit des erreurs «théoriques» de perspective, des faiblesses humaines non maîtrisées et de la mauvaise direction donnée à leurs efforts par quelques-uns d'entre ces hommes, défauts qui les ont conduits à la faillite plus ou moins totale de leur entreprise comparée aux buts présentés dans l'oeuvre de René Guénon, ce n'est pas là l'occasion de les juger à ce propos (la «Rivista di Studi Tradizionali» n'a d'ailleurs pas manqué de traiter de ces sujets en temps voulu).
Mais, s'agissant de ces hommes dans l'absolu, si l'on peut s'exprimer ainsi, il demeure cependant toujours un fait positif - et c'est ce qui selon nous leur a valu l'aide initiale de Guénon, que désapprouve «l'auteur» -: leur «constitution intérieure» les ayant attirés vers le but informel proposé par René Guénon dans ses écrits, ils ont eu la force intérieure et le courage de franchir au moins les barrières érigées par l'atavisme «ethnique» et les préjugés du milieu; ce à quoi le rédacteur du «Document confidentiel inédit» ne parvint en réalité jamais complètement, et ceci ni pour la Maçonnerie ni pour l'Islam.
Ce dernier fait est attesté par le «Document» lui-même qui en fournit selon nous les preuves évidentes (il peut être lu non en tant que «testament», comme certains l'ont affirmé, mais plutôt en tant que tentative de «défense» à produire aux yeux des autorités exotériques occidentales, ne serait-ce qu'à titre de «note d'information» à leur intention), et en tout cas il en existe une preuve encore plus évidente dans le fait que ce «Document» a servi de source, comme nous l'avons déjà dit, à tous ceux qui, pour telle ou telle raison, «personnifiaient» ces barrières (et les personnifient encore), si l'on peut s'exprimer ainsi.
Il reste à examiner ce qui est dit dans le «Document» du cas du dernier de ces êtres, ou du moins du dernier qu'a nommé «l'auteur», et qui est aussi le seul qui se soit trouvé dans la situation décrite au point [2] (c'est-à-dire dans la situation «[...] d'avoir joui [...], jusqu'à la mort de Guénon, de la confiance de celui-ci»), de sorte qu'il nous paraît évident que les propos de «l'auteur» sont principalement formulés à son encontre.
Comme le savent peut-être ceux qui lisent nos travaux et comme nous l'avons déjà rappelé dans la première partie de cet article, s'il est quelque chose qui nous répugne au plus haut point (et nous avons assimilé cette attitude en l'apprenant de René Guénon parmi beaucoup d'autres choses), c'est de faire intervenir dans le domaine qui intéresse cette revue des questions qui concernent de trop près les personnes; mais, dans ce cas particulier, et du fait que le «Document» contient des affirmations de ce genre, nous ne pouvons faire moins que de déroger - ne serait-ce qu'au minimum - à la réserve habituellement adoptée en conséquence de cette attitude. Nous dirons donc - et nous l'affirmons avec assurance, compte tenu de nos propres expériences ainsi que de témoignages directs et irréfutables - que:
a. le peu de faits exposés dans le «Document» sur celui dont l'itinéraire traditionnel visible «de l'extérieur» est évoqué en troisième lieu sont impudemment déformés par une volonté mystificatrice et réductrice et sont même sciemment faussés dans nombre de leurs aspects (à titre de simple exemple nous dirons qu'en réalité «l'auteur» était parfaitement au courant du fait que l'indication relative à l'autorité ésotérique d'Afrique du Nord dont il est fait mention dans le «Document» venait de René Guénon lui-même, et non «d'un Européen musulman vivant au Maroc»);
b. le conditionnel qui sert à mettre en doute une fonction «mineure» conférée à cet être par l'autorité traditionnelle mentionnée est simplement frauduleux;
c. «l'auteur» omet (et pour cause, si l'on tient compte de sa mentalité particulière et de sa situation) de parler d'une fonction traditionnelle bien supérieure et indépendante qui fut ensuite reconnue à cet être par cette autorité ésotérique (cas, soit dit en passant, qui ne trouve aucun équivalent dans les événements touchant les deux personnages [Vâlsan et Schuon] dont la «carrière» intellectuelle avait préalablement été tracée à grand traits).
L'élévation spirituelle et le rôle traditionnel éminent de celui qui reconnut cette fonction à l'être considéré réduisent en outre à néant toutes les tentatives de dénigrement «personnel», si infime soit-il, dont «l'auteur» a parsemé son texte à son encontre, tentatives qui pour nous revêtent une claire signification de «revanche» individuelle, mesquine et surtout injustifiée.
Quant à dépeindre ensuite, comme on le fait à l'occasion, un Guénon «sensible» à ce que l'on présente comme une adulation pure et simple que lui aurait vouée cet être, considération aussi déplacée qu'absurde dans ce domaine très délicat, et quant à l'assertion selon laquelle René Guénon aurait finalement «appris qu'il ne faut pas mettre tous ses oeufs dans le même panier» en adressant ses correspondants à cette même personne, nous laissons juges de pareilles affirmations ceux qui ont une conscience ne serait-elle qu'élémentaire du sérieux et de la prudence avec lesquels il faut traiter de ces choses dans le domaine traditionnel. La légèreté et la stupéfiante étroitesse de vues, pour ne pas chercher plus loin, avec lesquelles «l'auteur» les manie ici verbalement, finissent de dessiner de ce dernier un tableau dont la désolation - in fine - ne cesse de nous étonner, et jette également une lumière révélatrice sur la mentalité de ceux qui à l'époque ont prêté foi, que ce soit en bien ou en mal, aux contenus de ce «Document». (Nous pouvons ajouter ici que quelques autres aspects de toute cette question ont été traités plus ou moins largement dans l'article de J.B.L., «Une contrefaçon de l'aide de l'Orient», paru dans la
«R.S.T.», no 65, et dans «Vers la Tradition», no 31, et dans notre article «Nouvelles techniques d'attaque contre l'oeuvre de René Guénon» (I),
«R.S.T.», no 70, dont la présente étude constitue d'une certaine façon un prolongement).
Cette citation d'un passage d'une lettre privée de René Guénon (26 septembre 1946) est reproduite dans Les Dossiers H: «René Guénon», recueil de textes publié à la mémoire de René Guénon à l'occasion du centenaire de sa naissance («L'Age d'Homme», 1984).
C'est là une autre «marque» distinctive du «Document», et non des moins révélatrices...
Comme on l'apprendra par cette étude même, nous avons toujours soutenu dans la «Rivista di Studi Tradizionali» que le recours à la correspondance privée de René Guénon, sauf en cas de nécessité de corriger - comme ici - d'évidentes déformations personnelles ou idéologiques concernant l'interprétation de son oeuvre, ne fait que prouver l'existence, chez ceux qui agissent de la sorte, de raisons liées à des intérêts individuels, particuliers ou collectifs; on peut également dire la même chose de ces «révélations» dont le mobile, comme on l'a vu, relève de ces deux genres de motivations. Bien qu'il nous soit très peu agréable de nous engager dans ce type d'opération, nous avons cependant abordé en toute sérénité la tâche de rectifier ici également les déformations intellectuelles et d'autre nature qui caractérisent ce «Document», étant surtout conscient des dégâts que pouvaient provoquer beaucoup des pseudo-vérités ou des faussetés patentes qu'il contient chez les lecteurs qui commencent à peine à aborder l'approfondissement de l'oeuvre de René Guénon.
Cf. «Futuwah - Traité de chevalerie soufie», de Abu ´Abd al Rahman
al Sulami, Editions Albin Michel, Paris, 1989.
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Le dernier travail public de Jean Reyor que l'on connaisse (1) est un écrit somme toute ambigu lui aussi pour bien des raisons, mais surtout parce qu'il insinue chez le lecteur des doutes subtils à propos de ce qu'il y prétend être les «sources» extérieures et en quelque sorte «littéraires» de Guénon; il contient pourtant, en forme de conclusion positive d'un texte qui devait être entièrement rédigé en hommage à R. Guénon, la reproduction du témoignage suivant, porté, selon Reyor lui-même, «par un homme qui fut sans doute un des meilleurs connaisseurs [de l'oeuvre de René Guénon] et de certaines doctrines orientales» (2):
«En manière de conclusion, nous insistons encore sur l'extraordinaire puissance de suggestion, sans cesse croissante, du pouvoir de mensonge qui dominera entièrement le monde extérieur avant la fin du cycle. Nous savons [et il serait intéressant - si l'on pouvait le faire - de demander à Jean Reyor à quelles "sources" il rapporterait la crédibilité de cette affirmation] qu'il y aura un moment où chacun, seul, privé de tout contact matériel qui puisse l'aider dans sa résistance intérieure, devra trouver en lui-même, et en lui seul, le moyen d'adhérer fermement, par le centre même de son existence, au Seigneur de toute Vérité. Ce n'est pas là une image littéraire, mais la description d'un état de choses qui n'est peut-être plus très éloigné. Puisse chacun s'y préparer et s'armer d'une telle rectitude intérieure que toutes les puissances d'illusion et de corruption soient sans force pour l'en faire dévier. Rien ne saurait mieux que l'oeuvre de Guénon faciliter aux Occidentaux cette préparation» [c'est Jean Reyor qui souligne].
Si cette reconnaissance laconique et pourtant splendide de la valeur intrinsèque des doctrines présentées dans l'oeuvre de René Guénon et de la clarté d'exposition qu'il en a faite correspond parfaitement à ce que nous en pensons, nous devons ici amèrement remarquer que, par contre, le «Document» dont nous allons terminer l'examen s'insère, et non sans force, parmi les supports de ce «pouvoir de mensonge qui dominera entièrement le monde extérieur avant la fin du cycle» dont il est question dans ce passage; et ce, surtout en raison du «ton» déviant qui y est donné aux idées et aux événements abordés.
Une autre preuve de ce que nous venons de dire est constituée par les affirmations que présente «l'auteur» pour conclure le «Document», affirmations qui, selon nous, en révèlent d'ailleurs le «mobile» et la véritable clef, puisque - comme nous l'avons vu dans les termes mêmes de Guénon - «l'homme ne peut jamais agir sans quelque motif, légitime ou illégitime» (3);
c'est pourquoi nous allons également terminer par quelques considérations sur
ces affirmations, que nous reproduirons ici en les signalant par les nos [1] [2] et [3]:
«Dans les feuillets qui précèdent, j'ai pu donner l'impression d'une attitude surtout critique à l'égard de Guénon (4). Je ne voudrais pas qu'il y eût l'ombre d'un malentendu à ce sujet. Après tantôt 40 ans de familiarité avec son oeuvre, je la considère toujours comme unique, irremplaçable et, en fait, indispensable pour un homme d'aujourd'hui soucieux de connaissance. Mon accord est total avec l'oeuvre doctrinale non seulement dans l'ordre métaphysique, mais dans l'ordre cosmologique, dans celui des techniques initiatiques (5). Les seuls points de désaccord - et graves assurément - portent sur [1] ce qui, dans son oeuvre, touche à l'état actuel du Christianisme. Je me suis suffisamment expliqué là-dessus publiquement pour me dispenser d'y insister à nouveau ici.
Par contre, [2] il me paraît certain que l'homme, lorsqu'il a cherché des aboutissements pratiques (6) pour son oeuvre, s'est lourdement trompé sur les moyens (7) et sur les hommes (8). [...] Il me paraît inutile d'insister sur ses erreurs concernant les hommes dont il a encouragé et "couvert" les activités. J'estime donc [?] que personne n'a à se prévaloir d'une autorité quelconque du seul fait d'avoir joui, fût-ce jusqu'à la mort de Guénon, de la confiance de celui-ci, d'avoir été choisi, approuvé et reconnu par lui pour l'exercice de telle ou telle fonction.
[3] Un travers assez commun aux "guénoniens" et contre lequel je voudrais mettre en garde, c'est la tendance à se croire les "derniers des Mohicans" (9), à considérer qu'il n'y a plus rien de traditionnel dans le monde ou, en tout cas, dans le monde occidental que tel ou tel groupe ou du moins que les groupes formés directement ou indirectement sous l'inspiration de Guénon. C'est un ridicule qui n'a pas peu contribué à amoindrir l'influence de son oeuvre. On peut tenir pour assuré qu'en dépit du désordre généralisé et de la dégénérescence des religions et des initiations, il demeure aussi bien des Taoïstes que des Hindous, que des Musulmans, que des Kabbalistes, que des Esotéristes chrétiens religieux ou laïques ["l'auteur" entend ici parler, évidemment, de ceux qui font partie ou non du clergé], et même des Maçons "authentiques" qui n'ont aucun rapport direct avec Guénon» [c'est toujours nous qui soulignons].
Sur le point [1] la «Rivista di Studi Tradizionali» s'est déjà exprimée «publiquement» elle aussi, en présentant dans le no 70 (janvier-juin 1990) la traduction des deux articles de F. M. qui réfutaient les thèses de Hugonin/Dessaint-Emor/Reyor (M. Clavelle) contenues dans les deux études «Orient et Occident 1958» et «Pour qui sonne le glas?» publiées respectivement par
«le Symbolisme» et par les
«Etudes Traditionnelles» des années 1958 et 1959. C'est pourquoi nous n'y reviendrons pas, nous contentant seulement de rappeler que la «diatribe idéologique» correspondante coûta à l'époque à Jean Reyor la position de directeur de la revue «Etudes Traditionnelles» (10).
Sur le point [2], ce que nous pensons peut s'exprimer en termes très simples et généraux: quelqu'un qui a su concevoir et rédiger un travail tel que «Le Symbolisme de la Croix» (pour ne citer qu'une seule des 27 études dont se compose aujourd'hui l'oeuvre de René Guénon) peut assurément écrire le passage qui suit en toute connaissance de cause:
«[...] l'"homme moderne" est réellement inapte à recevoir une initiation, ou tout au moins à parvenir à l'initiation effective; mais nous devons ajouter qu'il y a pourtant des exceptions, et cela parce que, malgré tout, il existe encore actuellement, même en Occident, des hommes qui, par leur "constitution intérieure", ne sont pas des "hommes modernes", qui sont capables de comprendre ce qu'est essentiellement la tradition, et qui n'acceptent pas de considérer l'erreur profane comme un "fait accompli"; et c'est à ceux-là que nous avons toujours entendu nous adresser exclusivement».
Celui qui lit ce passage, et qui est capable de comprendre ce qu'il signifie vraiment, est fondé à avoir confiance en un tel être. Mais comment quelqu'un qui ne se trouve pas dans ces conditions (c'est-à-dire, pour être plus clair, qui n'est pas en mesure d'écrire de telles études, puisqu'il
a conçu les siennes en mode individuel) peut-il émettre - comme le fait «l'auteur» dans ces pages - un jugement sur les moyens corrects de développer «dans les applications» un semblable «message» et sur les hommes aptes à le recevoir (11)?
Comme nous l'avons déjà indiqué, c'est là que réside l'«aporie»
sous-jacente à l'attitude et à la façon de penser qui en découle après la
lecture de l'oeuvre de René Guénon, chez celui qui écrivit les cinquante pages
du «Document confidentiel inédit» dont nous nous sommes occupé; de ce fait, c'est en toute tranquillité qu'il nous paraît justifié d'émettre, sur ce «Document», l'appréciation tout à fait négative que nous avons exprimée ci-dessus, appréciation qui inclut en outre toute l'activité «traditionaliste» (ou plutôt pseudo-traditionnelle) de celui qui l'écrivit, lorsqu'il ne se trouva plus soutenu ni dirigé dans son travail par une véritable autorité spirituelle.
Ce «Document» lui-même montre à l'évidence que «l'auteur», ne comprenant pas la portée plus profonde des écrits de René Guénon, avec qui il avait pourtant collaboré à un certain niveau pendant plus de vingt ans, perdit toute crédibilité d'un point de vue réellement traditionnel à partir du moment où il échappa au contrôle de René Guénon, ce qui, pour lui, ne put que coïncider d'une façon définitive avec la mort de celui-ci, et - s'il en était besoin - ce qui nous conforte également, c'est cet avis assez réducteur que formula René Guénon lui-même sur l'activité de l'intéressé en général (mais avec une élégance et une bienveillance qui font totalement défaut dans le travail de ce dernier), avis exprimé dans une lettre privée datée déjà de 1946 (12):
«Je ne sais ce qui a pu vous faire penser que M. Clavelle était mon représentant à Paris; il est simplement un de ceux qui ont l'obligeance de s'occuper des choses que, du fait de la distance où je me trouve, je ne puis faire moi-même; pour sa part, il s'occupe plus particulièrement de ce qui concerne les "Etudes Traditionnelles", comme d'autres le font pour les questions se rapportant à l'édition et à l'impression de mes livres, etc.; je leur dois beaucoup de reconnaissance à tous pour l'aide qu'ils m'apportent ainsi, mais, en réalité, aucun d'eux n'est mon représentant à proprement parler» [c'est nous qui soulignons].
Nous sommes d'autant plus incité à reproduire ces propos qu'une grande partie de la puissance dissolvante du document que nous allons terminer de commenter lui vient précisément du fait que son «auteur», aux yeux des lecteurs, se soit trouvé «aux côtés» de René Guénon pendant si longtemps. Ces propos font en outre ressortir que René Guénon n'a nullement été, pas même concernant les hommes, ce «naïf» que «l'auteur» se complaît sournoisement à faire croire qu'il était; tout comme il en ressort également
que, s'agissant de choses sérieuses (et celles dont nous avons traité sont parmi les plus sérieuses qui soient, en dépit du «ton de salon» qui leur est donné dans ce «mémoire») (13), «quiconque se sert de l'épée périra par l'épée» (14).
Pour ce qui est du point [3], au fond les mêmes remarques générales que celles qu'à suscitées le point [2] lui sont applicables; les lecteurs de bonne foi pourraient en faire l'adaptation d'eux-mêmes sans difficulté. Mais si l'on voulait s'engager davantage dans les détails ici également, on pourrait attirer l'attention sur la sensation de superficialité et de présomption frisant le grotesque que produisent les affirmations contenues dans la conclusion sous la plume de quelqu'un qui, comme «l'auteur» - et même s'il devait tout à Guénon du point de vue de l'intellectualité - n'était pas en mesure de savoir quoi que ce soit des choses dont il parlait autrement que par érudition livresque, et par conséquent aurait dû s'en tenir strictement à ce qui était suggéré ou exposé directement par celui-ci.
En réalité, et même de ce point de vue, on doit remarquer qu'au contraire «l'auteur» n'a pas hésité,
dans le cours de son «Document», à s'exprimer à maintes reprises de façon divergente de ce qui était affirmé par Guénon tout au long de son oeuvre (le cas représenté par l'état actuel du Christianisme - comme nous l'avions signalé - en est un exemple flagrant). Nous ignorons à quels milieux ou quelles personnes en particulier «l'auteur» veut faire allusion dans ce passage, mais il faut souligner que, même s'il était exact que ces derniers adoptent au adoptaient l'attitude décrite dans le «Document» au point [3], la responsabilité n'en incomberait évidemment pas à René Guénon. Ce qui est certain pour nous, c'est que les signes de la permanence «vitale» de quelque tradition que ce soit, en particulier sous son aspect ésotérique, ne sont pas à rechercher, comme «l'auteur» en avait l'habitude (ne faisant ainsi que donner corps à ses illusions), dans la... publication de certains textes, ou dans leur diffusion plus ou moins grande!
Nous avons tout récemment eu l'occasion de lire un passage de l'ouvrage consacré
à la «Futuwah» (Traité de chevalerie soufie) par Abu ´Abd al Rahman
al Sulami, dont le contenu nous paraît susceptible de conclure cette étude de façon définitivement explicative, parce qu'il résume de manière pour ainsi dire «symbolique» les conclusions auxquelles nous avons déjà abouti:
«La Futuwah [chevalerie spirituelle] consiste [dit-on au paragraphe 14 de
la 2e partie de ce livre] à accepter les paroles des sages même si celles-ci ne sont tout d'abord pas comprises jusqu'à ce que la Barakah propre à cette attitude nous en fasse finalement saisir la véritable signification. Junayd
a dit: -Je me suis assis pendant dix ans en présence des Maîtres [shuyûkh] qui parlaient de cette science (le soufisme) sans
que je ne comprenne rien à leurs conversations mais sans faire cependant la moindre objection. Le profit que j'en tirais est que je venais les écouter tous les vendredis sachant que ce qu'ils disaient était pure vérité bien que différente de ce que j'en comprenais
[c'est nous qui soulignons]. Dieu m'a épargné l'épreuve de les dénigrer. Après ces années ils viennent un jour me voir à la maison et me disent: "Il est arrivé telle et telle chose, nous aurions voulu que tu en prennes connaissance (et que tu nous donnes ton avis)"» (15).
Ce récit qui est jusqu'à un certain point en parfaite correspondance avec le cas de «l'auteur» dont il a été question, permet, si on l'interprète correctement en l'adaptant au sujet que nous avons dû développer, de déduire que, tant qu'il écouta le «discours» de René Guénon même sans le comprendre dans toute sa profondeur, mais sans le désapprouver ouvertement dans les aspects qu'il ne comprenait pas, son attitude fut relativement compatible avec l'oeuvre de cet Auteur; mais, dès l'instant où, continuant à ne pas le comprendre, il commença à exprimer son propre avis sur ce discours - alors que nul de ceux qui l'avaient compris ne le lui demandaient ou, ce qui est pire, cédant à l'influence de milieux qui n'avaient aucun intérêt à ce que les écrits de Guénon fussent compris dans leur véritable signification -, il ne pouvait en résulter que ce qui ressort du «Document» que nous venons d'achever de commenter.
En résumé, telle est, selon nous, la triste histoire de celui que nous avons jusqu'à présent appelé «l'auteur», histoire d'un être à qui nous sommes, dans les limites où il fut dévoué à René Guénon et à son oeuvre, nous-même très redevable, et dont nous nous abstenons soigneusement, comme il se doit, de juger la destinée individuelle. Comme dit la sagesse arabe: Allâhu a´lamu.
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