a cura di Heredom |
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Extrait de Pietro Nutrizio e altri René Guénon e l'Occidente Luni Editrice
Traduction par Claude Cuvillier et Giuditta Sassi
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Nouvelles techniques d'attaque contre l'oeuvre de René Guénon (IV)
Nouvelles techniques d'attaque contre l'oeuvre de René Guénon (IV)
Antonello Balestrieri
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«Rivista di Studi Tradizionali», n° 73, juillet-décembre 1991.
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Sans parler des platitudes socio-politiques qu'ils contiennent sous des
dehors purement verbaux qui se veulent «ésotériques»; un bel exemple de ce que
nous disons est offert par la conclusion du premier article, dont le sujet aurait pu être intéressant d'un point de vue plus profond: «Le
mystère satirique des cathédrales», de 1913.
Pour en apprécier le degré de pénétration intellectuelle et de compétence en
la matière, il suffit de comparer les banalités que contient cette exhumation
avec ce que R. Guénon disait dans l'article intitulé «A propos des
Constructeurs du Moyen Age» paru dans le n° de janvier 1927 du «Voile d'Isis»
et dont nous extrayons le passage suivant à titre d'exemple: «Si l'on nous
objecte, comme preuve des préoccupations sociales des constructeurs, les figures
satiriques et plus ou moins licencieuses qu'on rencontre parfois dans leurs
oeuvres, la réponse est bien simple: ces figures sont surtout destinées à
dérouter les profanes, qui s'arrêtent à l'apparence extérieure et ne voient pas
ce qu'elles dissimulent de plus profond. Il y a là quelque chose qui est
d'ailleurs loin d'être particulier aux constructeurs; certains écrivains, comme
Boccace, Rabelais surtout et bien d'autres encore, ont pris le même masque et
usé du même procédé. Il faut croire que ce stratagème a bien réussi, puisque, de
nos jours encore, et sans doute plus que jamais, les profanes s'y laissent
prendre».
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Il s'agit d'une étude d' E. Mazzolari, qui, sous le titre «Universitaires
et "gnostiques"», a la prétention de s'opposer radicalement (bien que de
façon toujours «déguisée» quant à la «technique» de développement des
argumentations) aux idées exprimées par R. Guénon, en particulier dans deux
chapitres des Aperçus sur l'Initiation, «Connaissance initiatique et
"culture" profane» et «Mentalité scolaire et pseudo-initiation»; nous
nous proposons de traiter en détail de cet article dans un prochain numéro de
cette revue.
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Le plus grand danger de cette «couverture» résidait peut-être dans le
fait que les publications d'Archè se présentaient comme s'insérant dans
ce que l'on pourrait appeler le «filon traditionnel», et nous avons vu que
certains - dont nous avions dit, au cours de nos articles, qu'ils n'étaient pas
«des plus inexpérimentés» - n'ont pas su, en France, éviter ce genre de
traquenard. Nous pensons qu'aujourd'hui, face aux aveux explicites que
représente la question purement rhétorique contenue dans cette «Note», à
savoir: «ces recherches [de "Charis" et d'Archè]
n'auraient-elles pas dévoilé un enchevêtrement d'événements et de doctrines [?]
qu'il fallait laisser ensevelis parce que cela convenait aux défenseurs de
certaines "mythologies" [!] acceptées sans discussion par beaucoup?», nous
pensons que ceux-là mêmes qui étaient tombés dans ce piège ne pourront que se rendre à
l'évidence!
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A titre d'exemple, le lecteur pourra comparer la cohérence interne et la
potentialité explicative, par conséquent susceptibles de prémunir contre
l'erreur, de textes tels Le Théosophisme, histoire d'une pseudo-religion
(1921) et L'Erreur spirite (1923) de René Guénon, avec la complète
insignifiance doctrinale et, par suite, l'inefficacité en matière de
connaissance d'un travail comme Il Cappello del mago [Le Chapeau du
magicien], de M. Introvigne (Sugarco Ed., Milan, 1990), qui, tout en étant
sans doute utile en tant que source d'informations et de précisions, s'avère
tout à fait incapable de fournir de véritables explications d'un point de vue
purement intellectuel. C'est là une autre démonstration de l'impuissance de la
seule érudition (ici sous une forme spéciale) face à la vraie connaissance,
comme on le verra par la suite. Inutile de dire que l'on peut considérer ce
livre, parmi bien d'autres entreprises éditoriales connexes, comme s'insérant,
par l'extension décrite tout à l'heure, dans le «plan» dont il est question; à
ce propos, et pour de plus amples éclaircissements sur le sujet, on pourra se
reporter à notre article «Intorno alla "dissoluzione"» [«Autour de la
"dissolution"»] paru dans le n° 80 de la «Rivista di Studi Tradizionali»,
surtout en ce qui concerne le recours «obligé» aux doctrines traditionnelles
exposées dans l'oeuvre de R. Guénon.
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Les deux citations sont reprises de l'article de P. Nutrizio «René
Guénon e le forme della Tradizione», publié dans le n° 72 de la «Rivista
di Studi Tradizionali». Le premier extrait avait paru dans les Comptes
Rendus, à la page 130.
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Exception faite, naturellement, des écrits et des traductions
d'Abdul-Hâdî, dont nous avons déjà souligné la valeur intellectuelle dans l'un
des articles consacrés au «plan»; c'est cette valeur intrinsèque qui a du reste
requis, en vue de leur insertion dans ce «plan», l'«Introduction», aussi
longue que saugrenue, de G. Rocca, qui présentait l'image d'Aguéli sous un jour
tout particulier.
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«Vers la Tradition», cf. la note 10 de la troisième partie de
l'étude consacrée au «plan», parue dans le n° 73 de la «Rivista di Studi
Tradizionali».
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Nous avons l'impression qu'Archè, en présentant les choses à
plusieurs reprises de façon contournée et incomplète, tire avantage du fait que,
s'étant «retirée» en France, elle n'a pas à craindre que la majorité de ses
lecteurs connaissent les articles de notre revue. Nous l'avertissons
charitablement que cet état de choses pourrait bientôt se modifier, car nous
sommes en effet en train de réaliser une édition française de nos articles...
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Nous rappelons à Archè que le terme «surnaturel» est l'équivalent
linguistique exact de «métaphysique».
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Il s'agit des textes que nous avions qualifiés de «remplissages» par
rapport aux articles de fond qui, représentés par les exhumations de
Perlector, s'inséraient plus nettement dans le «plan» antiguénonien dont
nous étions en train d'avertir essentiellement les lecteurs.
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R. Guénon, Initiation et Réalisation spirituelle, «Vrais et
faux instructeurs spirituels», page 146.
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Tirés des Evangiles, traduits par Louis Segond, et de La
Sainte Bible du chanoine Crampon (éd. 1952). Puisque le n° 1 de «Charis»
comportait un texte de G. Lanternari sur le «Sens d'Islam», tradition qui
de toute évidence n'était pas celle de l'auteur, nous serions curieux de lire ce
qu'il pourrait nous dire, dans l'ordre des idées que nous exprimons ici, sur le
«Sens du Christianisme»...
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A moins que par «intimidation» Archè ne veuille entendre qu'il
s'agit de déduire d'un écrit les intentions qui ont présidé à sa rédaction et
par conséquent d'exposer lesdites intentions; mais cette signification, comme
nous l'avons vu, ne répond pas à la définition normale du mot.
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Quant à la personne à qui l'on fait endosser la paternité d'une
appréciation qu'elle aurait elle-même portée sur elle-même (et qui est citée à
la page 292 d'une prose repoussante), là encore notre contradicteur n'a
vraiment pas de chance: nous sommes en effet le seul aujourd'hui qui puisse
affirmer que cette personne ne peut en aucune façon avoir formulé ladite
appréciation, pour la bonne raison que celle-ci correspond à la présentation qui
nous avait été faite de cette personne dans une lettre qui nous avait été écrite
par... Jean Reyor.
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Une réponse d'auteur
Trois ans après la dernière étude (1) que nous avons consacrée aux
publications antiguénoniennes de la maison d'édition Archè
(aujourd'hui Archè-Edidit), et quatre ans après la parution du n° 2 de
«Charis, Archives de l'Unicorne» (1990), cette dernière revue a fait
paraître son troisième numéro fin 1994. Une grande partie des articles
proposés dans ce numéro (ou, pour mieux dire «re-proposés», conformément aux
habitudes de ce singulier... périodique) sont de Paul Vulliaud, et, s'ils
présentent quelque intérêt d'un point de vue «littéraire», vaguement
historique et érudit, ils n'en offrent presque aucun d'un point de vue
réellement traditionnel (2); les autres contributions, à l'exception de l'une
d'entre elles (3), sont essentiellement «culturelles» au sens profane du
terme, ou tout au plus de tendance légèrement «exotérique», et ne se placent
donc même pas non plus dans le domaine de compétence de notre revue.
Cependant, le n° 3 de «Charis» contient, sous la rubrique «Echos»,
un texte qui se voudrait une réponse à nos trois articles parus sous le titre
général de «Nouvelles techniques d'attaque contre l'oeuvre de René Guénon»
dans les nos 70, 71 et 73 de la «Rivista di Studi Tradizionali», et
c'est pourquoi nous allons en traiter tout particulièrement.
Si nous disons que ce texte ne fait que se vouloir une réponse à nos
articles, c'est parce que, en réalité et à notre stupéfaction, les pages que
cette revue consacre à nos trois études ne relèvent pas même une seule
des argumentations que nous avions opposées aux publications et aux textes d'Archè
et de «Charis» qui attaquaient l'oeuvre de René Guénon et sa personne
d'une façon plus ou moins finement et adroitement voilée; ce fait, en bonne
logique, démontre que le genre d'imputations que nous avions relevées à charge
de ces écrits ont été «absorbées» par cette maison d'édition et acceptées
comme correspondant à la réalité et, compte tenu du fait que le but de nos
travaux était justement de démasquer un jeu dont la mesquinerie et le danger
intrinsèque résidaient principalement dans sa «couverture» (4), on admettra
que c'est là une bien étonnante façon de riposter.
A vrai dire, on trouve quand même une - et une seule - mince tentative de
«parade» - si l'on veut vraiment la chercher - en avançant, assez loin dans le
texte, dans la prose désordonnée de cette «Note» ultérieure, et c'est
dans le passage où l'auteur de cette dernière exprime son mécontentement en
disant que nous avons, dans l'examen des deux premiers numéros de «Charis»,
«[liquidé] rapidement les écrits qui [...] ne peuvent pas rentrer dans le
schéma quelque peu délirant [...] établi dès le n° 70 de [notre] revue: celui
d'un "plan", voire d'un complot, assez vaste pour dépasser [sa] petite maison
d'édition, qui, cependant, y serait appelée à jouer un rôle non négligeable».
Outre qu'un «plan» n'est nullement un «complot», comme le voudrait le
rédacteur de la «Note» - mais nous y reviendrons -, le temps écoulé
entre notre dernier article et cette réponse a mis à jour beaucoup d'autres
éléments de l'«opération», et ces éléments démontrent, encore plus clairement
aujourd'hui, que non seulement ce «plan» existe, mais que ses dimensions vont
bien au-delà de ce que l'on pouvait déduire voici quatre ans de ses
manifestations visibles à l'époque. Il n'y a pas lieu de nous étendre ici sur
les détails; l'examen de ceux-ci mettrait d'ailleurs en cause plutôt
les
commanditaires et les instigateurs de cette manoeuvre que ses simples
exécutants particuliers, parmi lesquels l'éditeur ex-milanais ne fait que se
ranger; nous nous bornerons à dire à ce propos, et d'une façon générale, que,
s'il est raisonnable que l'on s'«organise» pour tenter de contrer - mieux vaut
tard que jamais - l'envahissement de l'empoisonnement «néo-spiritualiste» des
mentalités qui est en train de provoquer des désastres épouvantables à un
niveau mondial, il est par contre tout à fait extraordinaire (c'est même un
renversement des choses) que l'on se conduise envers l'oeuvre de René Guénon
comme si elle était elle-même l'une des manifestations de ce
«néo-spiritualisme», voire pis encore. Et ceci, ne serait-ce même que sur un
plan simplement «pratique» et «utilitaire», si l'on nous passe cette
expression plutôt inadéquate ici: en effet, d'où pourrait-on tirer, sinon de cette
oeuvre elle-même, les principes susceptibles de conférer une véritable
efficacité à ce combat, serait-il même tardif, contre les forces de la
«dissolution» (5)?
En tout cas, et en confirmation de ce que nous avions présumé à partir de
plusieurs publications de la maison d'édition Archè, nous avons
démontré,
grâce à sa propre réaction - ou plutôt à son absence de réaction -,
l'existence de la nette intention de nuire à la compréhension correcte et à la
diffusion des idées traditionnelles dont l'oeuvre de R. Guénon est le véhicule
d'élection, quel que soit l'artifice verbal ou autre adopté pour dissimuler
cette hostilité de fond; voyons maintenant ce que cette même maison n'a
finalement pas pu (à travers la longue «Note» de «Charis» qui,
comme à l'habitude de cet éditeur, n'est pas signée) s'abstenir de rétorquer
devant le danger d'être démasquée par notre travail.
La soi-disant réponse d'Archè déplore tout d'abord que notre revue
«consacre, depuis plusieurs numéros, une place absolument disproportionnée pour
discréditer les recherches, publiées pour partie dans "Charis", pour
partie ailleurs, concernant certains personnages et milieux avec lesquels René
Guénon a eu des liens par lui-même considérés comme importants:
Abdul-Hâdî/Aguéli, Barlet, Fabre des Essarts, Matgioi, etc.; l'Eglise
Gnostique, l'"Islam" d'Aguéli, l'H. B. of Luxor». Ce passage, apparemment
anodin, donne l'excellente opportunité de signaler tout de suite les curieuses
incohérences qui parsèment ce document dans lequel, si l'on souligne à toute
occasion les bienfaits qui résulteraient de l'exercice exclusif de la
rationalité et de la simple érudition (ce qui contraste - évidemment - avec la
liste énoncée qui, elle, est afférente à l'exercice d'une faculté
intellectuelle supérieure, caractéristique de tout ésotérisme véritable), on
tombe ensuite constamment dans des incongruités qui sont la meilleure preuve
de la limitation et de l'inefficacité de l'érudition et de la rationalité à
elles seules, même dans leur propre domaine (et c'est seulement en tant
qu'«illustrations» de cette inefficacité que ces incohérences seront examinées
ici, quitte à courir ainsi le risque de lasser le lecteur).
Cette précision écartant aussi le danger que nos
propos ne soient entendus comme procédant d'un esprit de «polémique» pure et simple, qui
n'a jamais été et n'est aucunement le mobile de nos remarques sur cette maison
d'édition, il nous paraît pour le moins surprenant de voir qualifiées de
«disproportionnées» les 85 pages d'éclaircissements que nous avons donnés sur
les méthodes et sur l'inspiration du «plan»; si cet adjectif doit
s'interpréter en rapport avec les dimensions de l'effort déployé par la seule
Archè dans cette même direction, nous ferons observer que le nombre de
pages où cet effort s'est traduit jusqu'à présent dépasse largement les 2.000!
Si au contraire, et plus probablement, on veut dire que c'est la place
qu'occupent nos études dans notre revue qui est disproportionnée, alors nous
rappellerons à Archè un principe de déontologie professionnelle très sensé en
matière de publications et que nous avons vu cité justement dans... «Charis»
(à la page 316 du n° 2) par L. T. qui signalait à J.-P. L., dans sa «Correction
fraternelle», qu'il n'avait «aucun droit de disposer de la revue
d'autrui»; à moins que ces «maîtres de morale» n'aient adopté le critère
élastique du «faites ce que je dis, mais ne faites pas ce que je fais»?
Quant à suspecter nos trois articles d'avoir été conçus en vue de
«discréditer les recherches» d'Archè, c'est là quelque chose qui ne
correspondrait à la réalité que si nous les avions écrits en feignant
tout d'abord d'apprécier ces recherches pour nous livrer, dans la suite de
notre développement, à une stratégie logique destinée à conduire les lecteurs
à des conclusions exactement opposées: mais il n'en est rien, en aucune
manière, comme ont pu le constater ceux qui ont pris connaissance de nos trois
articles. Ce dont Archè nous accuse, c'est au contraire exactement de ce
que l'on a voulu faire, à travers certaines de ses propres publications, à
l'encontre de René Guénon et de son oeuvre, et qui correspond également à la
signification sémantique du terme «discréditer»; nous ne pouvons pas envisager
de répéter ce que nous avons déjà dit, mais puisqu'il semblerait que nous
n'ayons pas été complètement compris, nous ajouterons ici quelques
considérations susceptibles d'éclaircir synthétiquement ce que nous avions alors exposé
de façon plus détaillée.
L'auteur de la «Note» parle d'un «contexte d'où surgit l'oeuvre de
Guénon» et il n'est pas douteux que, par ces mots, il veuille se rapporter, à
l'instar des modernes «exégètes» de textes littéraires, aux «sources» de
l'oeuvre de Guénon (qui, entre autres, a toujours hautement affirmé n'être
aucunement un «écrivain» - et nous verrons sous peu toute la portée de cette
affirmation); le jeu est clair: n'étant pas parvenu à entamer la valeur
intrinsèque de cette oeuvre, le représentant d'Archè - porte-parole de
beaucoup d'autres - cherche à la compromettre en la rattachant d'une manière
ou d'une autre (elle-même ou son auteur, ce qui correspond encore à un autre
genre de faux raisonnement) à l'oeuvre ou à l'image de personnages plus
aisément attaquables, cela en vue de projeter sur les premiers le discrédit que l'on
aura réussi - plus ou moins frauduleusement dans certains cas - à susciter à
l'encontre des seconds.
Or, le genre de connaissance dont procède et sur laquelle repose toute
l'oeuvre de René Guénon étant d'ordre tout intérieur (à la différence de la
«culture» et de l'érudition prônées par les collaborateurs de «Charis»...),
cette technique d'attaque tombe entièrement dans le vide, et le seul résultat
qu'elle arrive à produire, c'est de dévoiler l'animus qui a présidé à
sa mise en oeuvre, animus qui s'avère en totale contradiction avec
l'aspect extérieur, faussement «traditionnel», qu'on a voulu donner aux
publications d'Archè.
C'est là ce que nos études voulaient essentiellement mettre en évidence, et
qui ne relève que de la simple réalité des choses, sans sous-entendre pour
autant quelque intention malveillante, voire calomnieuse, de notre part.
Nous pensons que deux extraits des écrits de Guénon pourront être utiles à
l'illustration de notre propos: dans le n° 155 du «Voile d'Isis»
(novembre 1932), pour «faire la lumière» sur certaines insinuations du P.
Lucien Roure, R. Guénon écrivait ceci: «[...] Nous espérons pourtant qu'il
nous fera l'honneur d'admettre qu'aucune tradition n'est "venue à notre
connaissance" par des "écrivains", surtout occidentaux et modernes, ce qui
serait plutôt dérisoire; leurs ouvrages ont pu seulement nous fournir une
occasion commode de l'exposer, ce qui est tout différent, et cela parce que
nous n'avons point à informer le public de nos véritables "sources", et que
d'ailleurs celles-ci ne comportent point de "références", mais, encore une
fois, notre contradicteur est-il bien capable de comprendre que, en tout cela,
il s'agit essentiellement pour nous de connaissances qui ne se trouvent point
dans les livres?». Et, dans une lettre adressée le 4 septembre 1934 à l'un de
ses correspondants, il affirmait encore plus nettement: «Non, certes, je n'ai
rien d'un "converti", à aucun point de vue; et je ne conçois même pas que
ces choses puissent avoir eu un "commencement" pour moi»
[souligné par nous] (6).
A la lumière de ces affirmations, qui sont dans le droit-fil de la teneur
intellectuelle des autres écrits guénoniens, on peut comprendre à quel point
est risible l'insinuation par laquelle Archè nous vise en ces termes:
«[...] mener des recherches dans cette direction [...] gêne énormément ceux
qui ont attribué une valeur surnaturelle à l'oeuvre en question». De notre
point de vue, qui est à l'exact opposé de celui de «Charis», en dépit
des efforts accomplis par ses concepteurs en vue de semer le trouble dans les
idées, les textes «repêchés» par Archè, ou les biographies plus ou
moins contrefaites de quelques-uns de leurs auteurs, n'ayant aucune valeur
(7), ne peuvent nous gêner en aucune façon, et ce n'était pas là la question
que nous envisagions dans nos articles: chacun est libre de gaspiller son
argent comme il l'entend. Mais nous pensons que la même liberté doit être
accordée a ceux qui, ayant lu ces textes et leurs présentations, estiment les
premiers à leur juste valeur et cherchent à découvrir, s'ils en sont capables,
les raisons cachées des seconds, en exprimant de la façon la plus claire
possible les conclusions auxquelles ils sont parvenus à propos de ce
gaspillage apparent. C'est ensuite aux responsables de ce gaspillage de rire
de ces conclusions dans la mesure où elles ne correspondent pas à leurs
véritables intentions (que nul ne pourrait mieux connaître qu'eux); tout cela
nous paraît clair et honnête.
Mais, ce qui fait totalement défaut dans cette «réponse», en dépit du
bavardage inconsistant du représentant d'Archè, c'est justement ce
deuxième aspect de la confrontation, de sorte que la seule chose que l'on
puisse en déduire, c'est que les intentions qui ont présidé à ces exhumations
en tous genres que nous avons examinées dans nos travaux - étant presque
toutes de cette nature - correspondent réellement à ce que nous avions mis en
évidence; nous ne pensons pas qu'il y ait grand-chose à objecter à cette
simple déduction logique qui nous semblait aller de soi dès notre premier
article. Archè feint de ne pas comprendre, et affiche un ton de bonne
foi étonnée: nous espérons que notre propos aura maintenant dissipé ce
malentendu, et nous demeurons dans l'attente d'une véritable réponse,
c'est-à-dire d'une réponse qui, prenant en compte les différentes
considérations que nous avons émises (et qui sont nombreuses), neutralise avec
des arguments de poids ce qu'Archè considère comme des déductions
erronées de notre part. Tant que cette maison d'édition campera sur ses
positions actuelles en n'exprimant que sa dignité outragée, nous resterons sur
nos propres positions, tout comme nos lecteurs, à bon droit, sur les leurs;
lecteurs qui ne pourront alors eux aussi qu'être définitivement convaincus de
se trouver, à travers les travaux d'Archè et de «Charis», devant
une série d'attaques en traître menées par des gens qui n'ont ni le courage ni
les moyens d'attaquer en face.
Poursuivant l'examen des propos d'Archè, nous trouvons cette
affirmation selon laquelle «[...] D'après la Rivista, on n'aurait pas
dû s'occuper de tels sujets et le fait d'en parler dénoterait d'ailleurs un
goût pour les choses mortes et ensevelies». Nous avons brièvement exprimé
notre avis sur le «droit», légitime ou non, de parler des choses auxquelles
Archè s'est intéressée dans ces publications, droit - disions-nous - que
nous n'avons jamais mis en cause dans nos articles, par «principe» (ce que
nous mettions en cause, c'était la façon de faire passer ce genre de choses et
l'esprit dans lequel elles étaient envisagées comme «traditionnels», ce qui
est bien différent); nous ajouterons maintenant que ce n'était pas notre
propre jugement sur le mauvais goût de cette manière d'opérer que nous
exprimions, car nous ne faisions que rapporter celui (que nous partagions, il
est vrai) d'une revue française traitant de sujets traditionnels (8).
Tout au plus aurait-on pu dire à juste raison quelque chose qui est encore
tout différent de ce qu'Archè veut faire croire (9), à savoir que nous
soutenions que le fait de déterrer certaines erreurs («en les remettant
fatalement en circulation», disions-nous dans l'un de nos articles) correspond
à un danger supplémentaire pour la mentalité générale, danger qui fut écarté
en son temps, s'agissant des mêmes choses, par le travail de R. Guénon dans
l'un de ses aspects. Nous maintenons toujours cette position et ajoutons que
le fait de voir qu'Archè récidive encore dans la défense d'un pareil
procédé ne fait qu'attester l'existence d'une inspiration antitraditionnelle
sous-jacente à ses façons d'agir...
Quant à la prétention illusoire d'impliquer, aux yeux des lecteurs et à
travers cette exhumation de périodiques «suspects» auxquels Guénon eut
l'occasion de collaborer à certaines époques, la «personnalité» de celui-ci
dans des activités en quelque sorte douteuses d'un point de vue traditionnel
(c'est ce que l'on sous-entend par le terme - lui-même trouble - de
«démythification», qui reparaît si souvent dans ces «exhumations» d'Archè),
cette prétention correspond, toutes proportions gardées, à la mauvaise foi et
à la limitation intellectuelle de ceux qui, dans un ordre différent et de
plus bas niveau, voudraient accuser de délinquance un gardien de l'ordre sous
prétexte qu'il... s'occupe de malfaiteurs! Et ceci est encore applicable à la
participation initiale de Guénon aux activités de certaines organisations
pseudo-traditionnelles.
Ces dernières remarques, jointes à celle relative à la mauvaise foi, nous
conduisent à parler tout de suite d'une citation que le responsable d'Archè
fait ensuite, à la page 285 du n° 3 de «Charis», du deuxième des
extraits des deux lettres de R. Guénon que nous avons repris dans l'article
consacré à la H. B. of L. et où ce dernier commentait brièvement son
appartenance à cette organisation; des deux extraits reproduits, l'auteur de
la «Note» a choisi le seul qui lui était utile, ou du moins le
croit-il, pour déclarer triomphalement que «[nous avons] sans doute rendu un
grand service à tous ceux qui s'intéressent à la vie et aux doctrines de René
Guénon [?!] lorsque [...] [nous affirmons] que celui-ci était bel et bien
membre de cette organisation initiatique, où les membres s'appliquaient à
"faire beaucoup de 'miroir'"». Il est évident qu'il croit que cette citation -
par l'exclusion de l'autre - fait son jeu en vue de «prouver» que, puisque
Guénon a dit en son temps que la H. B. of L. était «une des rares
Fraternités initiatiques sérieuses qui existent encore actuellement en
Occident», ses jugements perdent par là même leur crédit; mais il s'agit d'un
jeu mesquin et toujours un peu obtus, car l'extrait qui n'a pas été publié, et
que nous nous voyons par conséquent contraint de reprendre, expliquait parfaitement
celui qui l'a été (leur ordre était d'ailleurs inversé) et donnait avec la
plus extrême clarté une justification exhaustive du jugement porté par Guénon
à l'époque.
Voici donc ce passage: «Pour la question concernant la H. B. of L.,
je dois dire qu'il y a eu certainement là autre chose que dans les nombreuses
organisations de caractère purement fantaisiste; on peut donc qualifier la
chose de "sérieuse" au moins en ce sens; maintenant, évidemment, on peut se
demander jusqu'à quel point cela était "orthodoxe", ce qui est une autre
question; et, à vrai dire, il semble qu'il y ait eu là comme un mélange de
divers courants, et que ce ne soit pas le meilleur qui ait fini par
l'emporter». Ce n'est là qu'un petit exemple qui pourra permettre au lecteur
de déduire à quel genre de «vérité» Archè rattache «ses
imprescriptibles exigences», pour reprendre les termes qui concluent la partie
principale de la «Note» des «Echos»!
Après avoir dit et redit que nos réactions à ce que nous croyions être «un
"plan" visant à la démythification de la personne et de l'oeuvre de René
Guénon» (mais fait-on autre chose qu'abuser de ce terme dans les deux premiers
numéros de «Charis»?) sont «démesurées» (?) et, comme on l'a vu,
«disproportionnées», l'auteur de la «Note» insinue que cela pourrait
venir du fait que «la Rivista» les croirait, à tort, toutes deux «trop
vulnérables».
Cela nous donne l'occasion de préciser notre façon de voir à ce propos,
quitte à courir le risque de répéter quelque chose que nous avons déjà dit; à
la différence de ceux qui croient que l'oeuvre de Guénon aurait besoin d'être
«défendue», il nous semble avoir suffisamment bien compris que l'oeuvre de cet
auteur et la source de son inspiration sont en elles-mêmes bien au-delà de
toute attaque humaine, et par conséquent nous ne nous inquiétons pas outre
mesure; mais il semblerait que ce soit là quelque chose que même les
adversaires (ou ceux qui se croient tels) de ce qui est «véhiculé» par les
écrits de Guénon ont réussi à apprendre, ne serait-ce qu'«empiriquement»
(adversaires parmi lesquels nous plaçons maintenant au premier rang nos
contradicteurs d'Archè et de «Charis», pour lesquels évidemment
c'est un grand tort de savoir saisir en cette sombre fin de cycle ce qui
rayonne encore de «surnaturel» [page 183] (10) dans les ténèbres qui nous
entourent). C'est pour cette raison et contre ce «quelque chose» que sont
conçues et mises en oeuvre des machines de guerre comme le «plan» d'agression
indirecte dont nous nous somme attaché à dévoiler l'existence et qui
consiste à empêcher, autant qu'il est possible, en agissant sur les âmes
des lecteurs potentiels de l'oeuvre de René Guénon plutôt que sur leurs
intellects, que celle-ci ne soit approchée par ceux qui seraient qualifiés
pour la comprendre, car, sinon, les conséquences pourraient s'avérer sérieuses
pour les forces qui ont engendré le monde moderne, monde qui, à ce qu'en a dit
Guénon lui-même - et que nous partageons -, est une véritable anomalie, et
même une monstruosité.
Après avoir également dissipé cette équivoque, passons à quelques autres
points spécifiques abordés par Archè dans cette «Note». «Dans le
n° 73 - dit-elle - notre sévère récenseur passe à l'examen critique
de Charis - Les Archives de l'Unicorne n° 1 et n° 2 [...]. Il qualifie
ces études avec suffisance (11) comme oeuvres de pure érudition», et il est
évident que l'auteur de la «Note» confond l'érudition avec
l'intellectualité, et qu'il pense qu'elle est à elle-même sa raison
suffisante, ceci expliquant cela. Afin de mieux éclairer notre point de vue à
cet égard nous recourrons encore à un extrait de R. Guénon tiré de
l'Introduction d'Orient et Occident (p. 12), où l'auteur précise le
caractère de «non-érudition» qu'il a donné à son premier livre, l'Introduction
générale à l'étude des doctrines hindoues: «[...] Cet ouvrage même n'a
nullement été écrit pour quelques "spécialistes"; s'il en est que son titre a
induits en erreur à cet égard, c'est parce que ces questions sont d'ordinaire
l'apanage des érudits, qui les étudient d'une façon plutôt rebutante et, à nos
yeux, sans intérêt véritable. Notre attitude est tout autre: il s'agit
essentiellement pour nous, non d'érudition, mais de compréhension, ce qui est
totalement différent [...]. Il en est peut-être qui ont trouvé mauvais que
nous attaquions l'érudition, ou plutôt ses abus et ses dangers [...]; mais une
des raisons pour lesquelles nous l'avons fait, c'est précisément que cette
érudition, avec ses méthodes spéciales, a pour effet de détourner de certaines
choses ceux-là mêmes qui seraient les plus capables de les comprendre»
[souligné par nous]. N'est-ce pas exactement là la caractéristique de
fond de ce «plan», caractéristique que nous venons de mettre en évidence pour
la deuxième fois?
Concernant la valeur intrinsèque de l'érudition, indépendamment de sa
capacité à agir comme un «écran» vis-à-vis de certaines choses, on peut se
reporter à cet aperçu rapide, mais d'une acuité extraordinaire, que donne encore Guénon
sur le sujet dans le ch. IX de la 2e partie de l'Introduction générale
cité ci-dessus (passage que nous avions d'ailleurs déjà repris dans l'une de
nos trois études): «[...] celui qui comprend véritablement est toujours celui
qui sait voir plus loin que les mots, et l'on pourrait dire que l'"esprit"
d'une doctrine quelconque est de nature ésotérique, tandis que sa "lettre" est
de nature exotérique. Ceci serait notamment applicable à tous les textes
traditionnels, qui offrent d'ailleurs le plus souvent une pluralité de sens
plus ou moins profonds, correspondant à autant de points de vue différents;
mais, au lieu de chercher à pénétrer ces sens, on préfère communément se
livrer à des futiles recherches d'exégèse et de "critique de textes", suivant
les méthodes laborieusement instituées par l'érudition la plus moderne; et
ce travail , si fastidieux qu'il soit et quelque patience qu'il exige, est
beaucoup plus facile que l'autre, car il est du moins à la portée de toutes
les intelligences» [souligné par nous]. N'a-t-on justement pas
appliqué les «méthodes» dont parle ici Guénon à l'encontre de son oeuvre
propre tout au long des travaux qui composent le «plan», et l'une des causes
de cet état de fait, outre une intention perverse, n'en serait-elle pas que ce
«travail» est en effet le seul dont les collaborateurs de «Charis»
soient capables?
S'il en était autrement, le porte-parole anonyme d'Archè se serait
dispensé de conclure son intervention en faveur de l'érudition en tant que fin
en soi par la malheureuse boutade selon laquelle nous «[trouverions]
l'érudition lourde», et «[aurions] préféré [nous] occuper de spéculations
soi-disant métaphysiques beaucoup plus légères, comme il arrive souvent d'en
trouver chez les "ésotéristes" [l'auteur trahit ici son incapacité à
distinguer (ou sa volonté de jeter la confusion?) entre la métaphysique
véritable, dont Guénon traite exclusivement, et les sornettes ou les simples
hypothèses des pseudo-ésotéristes]», ajoutant que nous nous sentirions «écrasé
par la longueur et la méticulosité critique [!!] des "incroyables" travaux de
Perlector».
Nous pouvons rassurer l'auteur de ces suppositions arbitraires, car nous ne
nous sommes jamais senti «écrasé» par cet «excès de notions vaines et
inutiles» (c'est une définition tirée du vocabulaire de l'érudition) dont Perlector
fait montre. Voulons-nous être sincère? Le jeu une fois découvert, et
exception faite de la constatation du danger potentiel qu'il représente pour
des personnes non préparées, nous avons été surtout terriblement ennuyé (et
ceci, un critique n'a-t-il pas le droit de le dire à ses lecteurs?). Mais,
pour nous arrêter encore un peu sur les fatigues nécrologiques de Perlector
et après avoir admiré la petite monstruosité lexicale par laquelle celles-ci
sont qualifiées d'«analyse-synthèse» (!?) dans la «Note» (page 286),
nous relèverons le passage - sincèrement amusant - où, saisissant une
suggestion que nous avions faite, et confirmant sa propension déjà manifeste à
désavouer le travail de ses propres collaborateurs, l'auteur de ces pages
réprimande de la façon suivante, et en propres termes, son rédacteur préféré:
«[...] nous sommes fort désolé de constater et de reprocher à Perlector que
celui-ci, dans sa conclusion, a pu donner l'impression, par manque de
précision [?], de vraiment apprécier les "doctrines d'Extrême-Orient telles
que les y expose Matgioi"».
A ce sujet, nous pourrions encore développer d'autres considérations
concernant les aspirations vers la «vérité» véhiculée par les doctrines
examinées et le type de «traditionalité» qui régissent l'activité d'Archè,
mais notre compte rendu s'est déjà par trop étendu, et d'autres choses
importantes restent à dire; nous nous contenterons donc de demander au
responsable de «Charis» s'il lui arrive parfois de lire les épreuves
des travaux qu'il se propose de publier? Ce serait là une bonne habitude, car
elle le dispenserait d'avoir ensuite à dévoiler ses jeux erga omnes, ce
qui ne produit jamais très bonne impression, et risque, par-dessus le marché -
et comme dans le cas présent -, de faire apparaître les rapiéçages par
lesquels on raccommode, chez les «néo-rationalistes» à prétentions
traditionalistes, les vides de leurs propres syllogismes...
Poursuivant sa tentative de justification des «exhumations» de «Charis»,
il s'embrouille d'ailleurs une fois de plus dans le réseau de ces syllogismes
boiteux lorsque, tout de suite après, il ajoute: «sans compter que les travaux
de Matgioi ne prennent vraiment une valeur qui si on les compare aux
niaisairies [sic]constituant la substance de la presque totalité de
La Voie [revue où parurent, par fascicules, les livres de ce dernier]».
Face à une affirmation de ce genre, nous ne pouvons nous empêcher de lui
demander encore une fois de nous éclairer sur les raisons véritables
qui ont alors bien pu susciter l'examen des milliers de pages de ce que
lui-même considère comme des balivernes? Si l'intention était vraiment de
servir la vérité, il devra admettre qu'il s'est agi d'un travail tout à fait
inutile (et même un peu vexant pour ses lecteurs), et si par contre le but
d'une telle dépense d'énergies, de temps et d'argent était autre, qu'il nous
dise alors quel était ce but. Nous attendons sa réponse avec une certaine
curiosité, dût-elle tarder... encore trois ans.
Nous le prévenons qu'il ne sera pas suffisant qu'il nous redise, après
Perlector, que la raison de ce déploiement, c'est qu'il s'agissait de la
revue des «maîtres de Guénon», car plus personne ne savait que ces
«niaiseries» (pour reprendre son mot) avaient été écrites, alors que par
contre l'oeuvre de René Guénon, d'une nature incomparablement différente, est,
elle, bien vivante et attend seulement d'être approfondie de la façon voulue
pour donner les fruits dont elle est toujours porteuse (et c'est exactement
cela que des revues comme «Charis» essayent d'empêcher). En attendant
la réponse d'Archè, et puisque l'occasion est opportune, nous
expliquerons à Perlector (ainsi qu'à d'autres qui, comme J.-P. Laurant,
n'ont jamais écrit dans «Charis», mais poursuivent le même but dans
d'autres... lieux) ce qui nous semble être l'objectif obscur de ces
hallucinantes «exhumations»: si une oeuvre qui vaut la peine d'être lue ne
peut être née d'un ramassis de stupidités et si ces inepties ont été écrites
dans la revue des «maîtres de R. Guénon», ergo l'oeuvre de celui-ci ne
peut, elle non plus, être digne de la moindre attention. Eh bien, ce n'est là
qu'un autre faux syllogisme, car ce qu'il faudrait conclure de la prémisse
majeure (les stupidités affichées par «Charis») - après avoir examiné
l'oeuvre de Guénon avec intelligence et honnêteté, et constaté qu'elle n'a pas
le moindre rapport avec ces absurdités -, c'est que, en toute logique, les
auteurs de ces «idioties» ne peuvent pas avoir été les «maîtres de R. Guénon».
En tout cas nous verrons bien quel genre de surprise nous réservera la réponse
«officielle» de cette maison d'édition.
Le fait d'avoir relevé avec une certaine curiosité la longueur exorbitante
des prospections de Perlector a valu à notre revue une observation
négative de la part d'Archè, qui dit à ce sujet: «C'est le comble de la
part d'un rédacteur de cette revue qui a infligé à ses lecteurs, sans songer à
s'en excuser, sur plusieurs numéros, des pages et des pages de polémique avec
un dissident, polémique qui ne concernait et n'intéressait que celui-ci [...];
une polémique sectaire [?], revêtue de robes "doctrinaires", dont les termes
échappaient totalement au commun des lecteurs qui ignoraient tout de la
question».
A ce propos nous expliquerons à Archè, en utilisant les termes de R.
Guénon, quelle attitude traditionnelle il faudrait observer dans un cas comme
celui-là, attitude qui fut celle de la «Rivista»: «Les jalousies et les
rivalités individuelles, en effet, ne sauraient avoir aucune place dans le
véritable domaine initiatique, tandis que, par contre, elles en tiennent
presque toujours une fort grande dans la façon d'agir des faux instructeurs;
et ce sont uniquement ceux-ci que doivent dénoncer et combattre, chaque
fois que les circonstances l'exigent, non seulement les Maîtres spirituels
authentiques, mais encore tous ceux qui ont à quelque degré conscience de ce
qu'est réellement l'initiation» [souligné par nous] (12). Sans
rien ajouter de plus, car ce ne sont pas des choses qui entrent dans les compétences
d'Archè, nous ferons néanmoins remarquer à son représentant que, s'il
avait porté une plus grande attention aux pages que la «Rivista» a
consacrées à ce sujet, et s'il s'était efforcé de le comprendre
justement parce qu'il l'ignorait complètement, il aurait évité de commettre
l'erreur d'accorder du crédit à quelqu'un dont il a aujourd'hui mesuré les
capacités, qu'il juge très insuffisantes; mais il aurait pu s'en préoccuper
plus tôt, au lieu de conclure au contraire avec lui des transactions dont la
rigueur n'est pas précisément exemplaire d'un point de vue traditionnel.
Notre contradicteur paraît avoir été piqué au vif par quelques-unes de nos
remarques sur le «moralisme» et sur l'esprit «bourgeois», car il dit peu
après: «Il n'y a pas que l'érudition qui gêne notre récenseur: ce sont aussi
certaines considérations de nos collaborateurs qu'il traite de "moralistes"
et, en suivant le lieu commun établi depuis bien longtemps, met en rapport
avec l'adjectif "bourgeois"». Archè semble donc prendre la «morale»
pour du «moralisme», et il est peut-être profitable que nous nous arrêtions un
instant sur ce point.
Il est incontestable que la «morale», dans l'une de ses interprétations
(qui n'est assurément pas celle de notre contradicteur), est considérée dans
certaines sociétés traditionnelles comme un guide légitime et nécessaire pour
l'action; elle est le produit d'une science qui fixe les règles qui régissent
les rapports individuels humains et rendent possible l'harmonie relative du
milieu en permettant le maintien régulier de la vie en conformité avec l'ordre
cosmique; d'ailleurs il existe «des morales» qui varient selon la diversité
des traditions où ce point de vue est adopté. Mais toute morale n'est légitime
et efficace que lorsqu'elle est fondée sur des principes supérieurs à
l'action, principes dont elle découle, et c'est justement ce que veut dire le
terme «traditionnel» dans sa signification la plus élevée et la plus complète;
si ces principes sont oubliés, comme c'est le cas pour l'Occident, la morale à
elle seule n'est plus en mesure d'être à elle-même sa propre garantie, comme
le prouvent, dans cette aire géographique, les tentatives infructueuses menées
par des personnages, occupant même de hautes fonctions exotériques
traditionnelles, en vue de mettre un frein à l'aggravation du désordre. Dans
ces conditions et se prenant pour ce qu'elle n'est pas, la morale devient
«moralisme», et risque fort, au surplus, de dégénérer en «morale laïque», ou
«indépendante», c'est-à-dire de rendre les armes, plus ou moins
inconsciemment, devant l'«adversaire», qui a su, la détachant de ses principes
légitimes, lui imposer ses propres règles. Et c'est là précisément le sens
dans lequel nous avons employé ce terme.
Notre contradicteur a donc tort de conclure avec une certaine satisfaction
que: «On ne comprend que trop bien maintenant pourquoi cette "école" [i.e.
la "Rivista di Studi Tradizionali"] prêche contre le "moralisme" et
l'esprit (petit-)bourgeois et profane [notons que ce dernier adjectif, lui,
constitue vraiment un "comble" pour un "organe" à prétentions
"traditionnelles"!]», et il ajoute que «De même on a l'explication de la
sympathie préférentielle pour les "gens du blâme", les Malamatiyyah,
sympathie que partageait déjà Aguéli». Dans le n° 80 de la «Rivista di
Studi Tradizionali» nous avons présenté des documents qui démentent
expressément ces insinuations malveillantes sur Abdul-Hâdî et sur les
Malâmatiyyah, au sujet desquels il est certain que les «gens d'Archè»
sont incapables de comprendre quoi que ce soit; il nous suffirait simplement
qu'ils soient en mesure de comprendre, à propos de «moralisme», de morale et
de principes supérieurs à celle-ci, quelques textes dont nous craignons, bien
qu'ils leurs soient géographiquement proches, qu'ils ne demeurent aussi éloignés
de leurs mentalités que ceux des Malâmatiyyah.
«Pendant qu'ils étaient en chemin, un homme lui dit: "Seigneur, je te
suivrai partout où tu iras". Jésus lui repondit: "Les renards ont des
tanières, et les oiseaux du ciel ont des nids; mais le Fils de l'homme n'a pas
où reposer sa tête".
Il dit à un autre: "Suis-moi!". Et il répondit: "Seigneur, permets-moi
d'aller d'abord ensevelir mon père". Mais Jésus lui dit: "Laisse les morts
ensevelir leurs morts; et toi, va annoncer le royaume de Dieu".
Un autre dit: "Je te suivrai, Seigneur; mais permets-moi d'aller d'abord
prendre congé de ceux de ma maison". Jésus lui répondit: "Quiconque met la
main à la charrue, et regarde en arrière, n'est pas propre au royaume de
Dieu"». Luc, IX, 57-62.
«Ne croyez pas que je sois venu apporter la paix sur la terre; je ne suis
pas venu apporter la paix, mais l'épée. Car je suis venu mettre la division
entre l'homme et son père, entre la fille et sa mère, entre la belle-fille et
sa belle-mère; et l'homme aura pour ennemis les gens de sa maison. Celui qui
aime son père ou sa mère plus que moi n'est pas digne de moi, et celui qui aime
son fils ou sa fille
plus que moi n'est pas digne de moi; celui qui ne prend pas sa croix, et ne me
suit pas, n'est pas digne de moi. Celui qui conservera sa vie la perdra, et
celui qui perdra sa vie à cause de moi la retrouvera». Matthieu, X, 34-39.
Et à l'intention de ceux qui, parmi les amis d'Archè, poursuivent
d'imprudentes discussions sur la «dissolution» sans avoir la moindre idée de
ce qu'ils abordent:
«Il disait encore aux foules: "Quand vous voyez un nuage monter au couchant, vous
dites aussitôt: 'La pluie va venir', - et c'est ce qui arrive. Et quand c'est le
vent du midi qui souffle, vous dites: 'Il va faire chaud', - et c'est ce qui
arrive. Hypocrites, vous êtes capables d'apprécier l'aspect de la terre et du
ciel, mais ce temps-ci, comment ne l'appréciez-vous pas? Et pourquoi aussi ne
jugez-vous pas par vous-mêmes de ce qui est juste?"» (13). Luc, XII, 54-57.
Au terme de ce commentaire, notons en passant que le rédacteur anonyme des
«Notes» semble un peu agacé du fait que nous ayons souligné la
«fraternité» qui le lie à un autre «coauteur» de ce que nous avons appelé un
«plan» antiguénonien; il paraît oublier que c'est précisément lui qui a
employé le premier le qualificatif correspondant lorsque, admonestant J.-P. L.
pour une raison d'amour-propre «personnel», il a donné à son écrit, dans le n°
2 de «Charis», le titre de «Correction fraternelle». Nous
n'avons fait que relever le genre de rapport que le mot sous-entendait. Et
voilà qu'il cède de nouveau à la tentation, car, à l'occasion d'une autre
diatribe «microlittéraire» avec J.-P. L. (diatribe où est impliqué, on ne
sait trop pourquoi, le nom de René Guénon), il introduit une autre petite note
qu'il voudrait narquoise à notre égard. «Nous écrivons ces lignes - comme nous
estimions devoir le faire - [la concordance des temps n'est pas son fort,
comme les lecteurs l'auront déjà remarqué] - à l'intention de J.-P. L. et de
nos lecteurs. Si elles ne sont pas polémiques et gardent un ton courtois, ce
n'est certes pas pour empêcher M. Balestrieri de se réjouir d'une énième
mésentente (ou dissentiment) entre deux acteurs de son prétendu "complot"».
Nous avouons ne pas arriver à saisir pleinement le sens caché de ce mot
d'esprit, qui nous paraît même masochiste d'un certain point de vue; de toute
façon, sans même insister sur le fait qu'un «plan» n'est nullement un
«complot» (terme que nous n'avons jamais employé pour désigner le projet dans
lequel s'insère Archè - chacun étant parfaitement en droit, dans sa
propre maison, d'organiser le travail comme il l'entend au mieux, et c'est
tout simplement ce que «plan» signifie), nous ferons remarquer au représentant
d'Archè que nous n'avons jamais songé non plus à nous «réjouir»
d'aucun «dissentiment». Bien au contraire, ce qu'il nous importait de
signaler, au-delà d'une négligeable mésentente formelle, c'était justement le
lien qui unissait, quoique sur des bases seulement négatives, deux «acteurs»
(ce mot est également de lui) de cette entreprise, lien qui pouvait paraître
invraisemblable aux yeux de certains lecteurs. Par cette petite note
désastreuse (pour lui), le responsable d'Archè tient donc à nous
confirmer personnellement que ce lien existe effectivement, et nous le
remercions de son aide inespérée, y compris au nom de nos lecteurs.
L'auteur de cette première pseudo-réponse d'Archè à nos articles
conclut en disant que «les recherches allant dans le même sens seront
continuées avec sérénité et rigueur [!], sans tenir aucun compte des
réprimandes ou des intimidations des "gardiens du mythe"». Ceux qui ont eu
l'occasion de lire nos trois articles pourront juger d'eux-mêmes si leur
rédaction procède d'un esprit de «réprimande» (qui présupposerait un minimum
d'homogénéité entre les deux parties en présence, ne serait-elle représentée
que par leurs intérêts intellectuels respectifs, homogénéité qui fait ici
complètement défaut). Quant aux «intimidations», nous défions le représentant
d'Archè de produire une seule phrase ou un seul mot de nos trois études
qui puisse avoir, même de loin, pareille connotation; nous rappelons à
l'auteur de ce trait littéraire, comique à sa façon, que, selon le
dictionnaire, une «intimidation» consiste proprement en «une action ou des
paroles de menace ayant pour but d'inspirer la crainte et de contraindre à
agir ou à renoncer à une action sous l'empire de la peur», c'est-à-dire
quelque chose qui frôle les rigueurs de la loi (14). Pour être plus clair:
quelque chose qui, vis-à-vis de cette dernière implication, loin de
s'appliquer à notre propre façon de présenter les choses, s'apparente plutôt
aux méthodes d'«investigation» et d'appropriation indue de documents
auxquelles les «équipes de travail» qui fournissent (ou devraient fournir) le
«matériel» des «patientes et scrupuleuses recherches» d'Archè ne
paraissent pas étrangères.
Et cette dernière constatation de notre part, relative à la conduite d'Archè, pourrait bien, elle, être interprétée comme une véritable
«intimidation»; à bon entendeur... De toute façon, puisque ces adversaires de
la Tradition ont l'intention de poursuivre dans cette voie, nous les attendons
de pied ferme, et continuerons de notre côté à dire, sereinement et fermement,
ce que nous pensons d'eux et de leurs dissertations érudites et...
irrationnelles.
Incapable de se placer, pour contrer nos observations, sur un terrain qui
ne fasse même qu'effleurer la sphère intellectuelle, le représentant d'Archè
ne trouve rien de mieux, dans la poursuite de ses objectifs, que d'en appeler
à des récits fondés, comme nous le disions dans le troisième de nos articles,
«sur des renseignements "privés" dont la nature et la provenance sont des plus
douteuses» (15). Ceci ne fait que démontrer deux choses: primo, que lorsqu'il
parlait de «squelettes dans le placard» (sic), dans la «Note» de son catalogue,
à tort ou à raison, c'était bel et bien au E. S. T. (comme il les
appelle) qu'il voulait faire allusion, contrairement à ce qu'il affirme
hypocritement aujourd'hui; secundo, que sa propension à ajouter foi (exactement comme nous le présumions) à la
version donnée sur certains faits et épisodes par des épaves humaines qui
méritent tout au plus la commisération quand ce n'est pas l'exécration demeure
confirmée. Et d'ailleurs, aux E. S. T. nous
restons persuadés qu'il existe en quelque sorte une loi qui veut que, et pour
employer la langue de la nouvelle patrie d'Archè-Edidit, «Qui se
ressemble, s'assemble», ou, pour le dire en latin et se conformer ainsi au
cachet d'érudition auquel on tient si fort dans «Charis», «Asinus
asinum fricat».
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