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«Introduction générale à l'étude des doctrines hindoues», deuxième partie, ch. IX, «Esotérisme et exotérisme», Ed. Véga, pp. 135-136.
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«Orient et Occident», «Avant-propos», Ed. Véga, pp. 12-13.
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Un exemple significatif et très clair en ce sens est constitué par les deux hadîth qudsî suivants de la tradition islamique:
«Parmi tous les moyens employés par Mon serviteur pour s'approcher de Moi, aucun ne m'est plus agréable que la pratique de ce que Je lui ai imposé. Mon serviteur ne cesse de s'approcher de Moi par des oeuvres surérogatoires jusqu'à ce que Je l'aime. Et quand Je l'aime, Je suis l'ouïe par laquelle il entend, la vue par laquelle il voit, la main par laquelle il saisit et le pied par lequel il marche. S'il Me demande, Je l'exauce, s'il recherche Ma protection, Je le protège». Et: «Celui qui Me cherche Me trouve. Celui qui Me trouve Me connaît. Celui qui Me connaît M'aime. Celui qui M'aime, Je l'aime. Celui que J'aime, Je le tue. Celui que Je tue, c'est à Moi de le racheter. Celui que Je dois racheter, Je suis Moi-même sa rançon».
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«La Métaphysique orientale», Ed. Traditionnelles, p. 16.
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«Introduction générale à l'étude des doctrines hindoues», ch. VIII, p. 120.
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Les lecteurs qui nous suivent depuis suffisamment longtemps se seront aperçus que les articles qui paraissent dans la «Rivista di Studi Tradizionali» contiennent parfois, mais de façon constante, des affirmations peu bienveillantes vis-à-vis des érudits et de l'érudition, surtout lorsque celle-ci est appliquée à des domaines qui ont trait à la tradition.
Puisqu'il s'agit d'un terme par lequel est désigné quelque chose qui, pour la mentalité occidentale, peut facilement prêter à confusion avec la connaissance véritable, et qui peut effectivement avoir, sous des conditions déterminées, un certain rapport avec celle-ci, il ne nous paraît pas inopportun d'en examiner les implications surtout «sémantiques», précisément sous l'angle des études qui intéressent la «Rivista di Studi Tradizionali». Comme on l'imagine sans difficulté, l'attitude qui caractérise notre revue également de ce point de vue découle d'une étude et d'un assentiment, l'une la plus approfondie possible et l'autre le plus complet, des contenus de l'oeuvre de René Guénon; il ne nous semble donc pas déplacé d'aborder cet examen en partant des données, si elles existent, que fournit cette oeuvre à ce propos.
Dès son premier livre, l'«Introduction générale à l'étude des doctrines hindoues», René Guénon s'exprimait de la façon suivante à ce sujet (1):
«On pourrait sans doute, mais dans une acception beaucoup plus large, envisager un ésotérisme et un exotérisme dans une doctrine quelconque, en tant qu'on y distingue la conception et l'expression, la première étant tout intérieure, tandis que la seconde n'en est que l'extériorisation; on peut ainsi, à la rigueur, mais en s'écartant du sens habituel, dire que la conception représente l'ésotérisme, et l'expression l'exotérisme, et cela d'une façon nécessaire, qui résulte de la nature même des choses. A l'entendre de cette manière, il y a particulièrement dans toute doctrine métaphysique quelque chose qui sera toujours ésotérique, et c'est la part d'inexprimable que comporte essentiellement, comme nous l'avons expliqué, toute conception vraiment métaphysique; c'est là quelque chose que chacun ne peut concevoir que par lui-même, avec l'aide des mots et des symboles qui servent simplement de point d'appui à sa conception, et sa compréhension de la doctrine sera plus ou moins complète et profonde suivant la mesure où il le concevra effectivement. Même dans des doctrines d'un autre ordre, dont la portée ne s'étend pas jusqu'à ce qui est vraiment et absolument inexprimable, et qui est le "mystère" au sens étymologique du mot, il n'en est pas moins certain que l'expression n'est jamais complètement adéquate à la conception, de sorte que, dans une proportion bien moindre, il s'y produit encore quelque chose d'analogue: celui qui comprend véritablement est toujours celui qui sait voir plus loin que les mots, et l'on pourrait dire que l'"esprit" d'une doctrine quelconque est de nature ésotérique, tandis que sa "lettre" est de nature exotérique. Ceci serait notamment applicable à tous les textes traditionnels, qui offrent d'ailleurs le plus souvent une pluralité de sens plus ou moins profonds, correspondant à autant de points de vue différents; mais, au lieu de chercher à pénétrer ces sens, on préfère communément se livrer à de futiles recherches d'exégèse et de "critique des textes", suivant les méthodes laborieusement instituées par l'érudition la plus moderne; et ce travail, si fastidieux qu'il soit et quelque patience qu'il exige, est beaucoup plus facile que l'autre, car il est du moins à la portée de toutes les intelligences». [Souligné par nous].
On peut déduire sans la moindre hésitation de cette dernière phrase que l'appréciation portée par l'auteur sur l'érudition était déjà tout autre que positive; mais dans d'autres parties de son oeuvre, loin de se modifier et de se radoucir, au fur et à mesure que cette oeuvre se développait en pénétrant toujours plus loin dans les sujets qui, dans ce premier livre, avaient été en quelque sorte circonscrits de façon seulement générale (comme l'indique d'ailleurs son titre), cette appréciation devenait encore plus négative, ce caractère se précisant même toujours davantage.
Dans «Orient et Occident», par exemple, René Guénon en venait à s'exprimer ainsi dans l'«Avant-propos» même de l'ouvrage (2):
«Nous n'entendons pas, en effet, faire ici un exposé doctrinal, et ce que nous dirons sera, d'une manière générale, accessible à un plus grand nombre que les points de vue que nous avons traités dans notre "Introduction générale à l'étude des doctrines hindoues". Cependant, cet ouvrage même n'a nullement été écrit pour quelques "spécialistes"; s'il en est que son titre a induits en erreur à cet égard, c'est parce que ces questions sont d'ordinaire l'apanage des érudits, qui les étudient d'une façon plutôt rebutante et, à nos yeux, sans intérêt véritable.
Notre attitude est tout autre: il s'agit essentiellement pour nous, non d'érudition, mais de compréhension, ce qui est totalement différent; ce n'est point parmi les "spécialistes" que l'on a le plus de chances de rencontrer les possibilités d'une compréhension étendue et profonde, loin de là, et, sauf de bien rares exceptions, ce n'est pas sur eux qu'il faudrait compter pour former cette élite intellectuelle dont nous avons parlé. Il en est peut-être qui ont trouvé mauvais que nous attaquions l'érudition, ou plutôt ses abus et ses dangers, quoique nous nous soyons abstenu soigneusement de tout ce qui aurait pu présenter un caractère de polémique; mais une des raisons pour lesquelles nous l'avons fait, c'est précisément que cette érudition, avec ses méthodes spéciales, a pour effet de détourner de certaines choses ceux-là mêmes qui seraient les plus capables de les comprendre. [...] l'érudition est une chose, le savoir réel en est une autre, et, s'ils ne sont pas toujours incompatibles, ils ne sont point nécessairement solidaires. Assurément, si l'érudition consentait à se tenir au rang d'auxiliaire qui doit lui revenir normalement, nous n'y trouverions plus rien à redire, puisqu'elle cesserait par là même d'être dangereuse, et qu'elle pourrait d'ailleurs avoir quelque utilité; dans ces limites, nous reconnaîtrions donc très volontiers sa valeur relative. Il y a des cas où la "méthode historique" est légitime, mais l'erreur contre laquelle nous nous sommes élevé consiste à croire qu'elle est applicable à tout, et à vouloir en tirer autre chose que ce qu'elle peut donner effectivement; nous pensons avoir montré ailleurs [«Le Théosophisme, histoire d'une pseudo-religion»], et sans nous mettre le moins du monde en contradiction avec nous-même, que nous sommes capable, lorsqu'il le faut, d'appliquer cette méthode tout aussi bien qu'un autre, et cela devrait suffire à prouver que nous n'avons point de parti pris. Chaque question doit être traitée suivant la méthode qui convient à sa nature; c'est un singulier phénomène que cette confusion des divers ordres et des divers domaines dont l'Occident actuel nous donne habituellement le spectacle. En somme, il faut savoir mettre chaque chose à sa place, et nous n'avons jamais rien dit d'autre; mais, en faisant ainsi, on s'aperçoit forcément qu'il est des choses qui ne peuvent être que secondaires et subordonnées par rapport à d'autres, en dépit des manies "égalitaires" de certains de nos contemporains; et c'est ainsi que l'érudition, là même où elle est valable, ne saurait jamais constituer pour nous qu'un moyen, et non une fin en elle-même». [Souligné par nous].
Comme nous le disions, les raisons de suspecter l'érudition et les cristallisations qu'elle génère sont déjà ici beaucoup plus circonstanciées, et ses dangers pour la mentalité occidentale bien plus clairement mis en évidence; mais il est un endroit où ces raisons paraissent exposées avec une force encore plus grande, peut-être parce qu'elles sont éclairées par l'exposition simultanée des buts positifs vers lesquels était tendue l'oeuvre de René Guénon: il s'agit d'un passage de la fin de «L'Esotérisme de Dante», passage dont probablement peu de lecteurs de cette oeuvre ont remarqué l'importance; que l'on veuille bien nous consentir encore cette longue mais, selon nous, nécessaire citation:
«En terminant, nous dirons seulement, pour que personne ne puisse se méprendre sur nos intentions, que les points de vue que nous avons indiqués ne sont nullement exclusifs, et qu'il en est sans doute encore bien d'autres auxquels on pourrait se placer également et dont on tirerait des conclusions non moins importantes, tous ces points de vue se complétant en parfaite concordance dans l'unité de la synthèse totale. Il est de l'essence même du symbolisme initiatique de ne pouvoir se réduire à des formules plus ou moins étroitement systématiques, comme celles où se complaît la philosophie profane; le rôle des symboles est d'être le support de conceptions dont les possibilités d'extension sont véritablement illimitées, et toute expression n'est elle-même qu'un symbole; il faut donc toujours réserver la part de l'inexprimable, qui est même, dans l'ordre de la métaphysique pure, ce qui importe le plus.
Dans ces conditions, on comprendra sans peine que nos prétentions se bornent à fournir un point de départ à la réflexion de ceux qui, s'intéressant vraiment à ces études, sont capables d'en comprendre la portée réelle, et à leur indiquer la voie de certaines recherches dont il nous semble qu'on pourrait tirer un profit tout particulier. Si donc ce travail avait pour effet d'en susciter d'autres dans le même sens, ce seul résultat serait loin d'être négligeable, d'autant plus que, pour nous, il ne s'agit point là d'érudition plus ou moins vaine, mais de compréhension vraie, et ce n'est sans doute que par de tels moyens qu'il sera possible quelque jour de faire sentir à nos contemporains l'étroitesse et l'insuffisance de leurs conceptions habituelles. Le but que nous avons ainsi en vue est peut-être bien lointain, mais nous ne pouvons pourtant pas nous empêcher d'y penser et d'y tendre, tout en contribuant pour notre part, si faible soit-elle, à apporter quelque lumière sur un côté trop peu connu de l'oeuvre de Dante». [Souligné par nous].
Ces extraits de l'oeuvre de René Guénon ayant apporté la justification traditionnelle d'une attitude qui consiste à garder un minimum de méfiance vis-à-vis de l'esprit d'érudition, nous pouvons passer à l'examen proprement dit des contenus d'un terme auquel les dictionnaires eux-mêmes de la langue italienne s'accordent en général à attribuer tout au moins une nuance négative qui peut être plus ou moins accentuée selon les cas. Les définitions que donnent ces derniers varient en effet du générique «Ample bagage de connaissances touchant à diverses disciplines» du «Nouveau dictionnaire Zingarelli» de chez Zanichelli (qui y introduit cependant une connotation négative dans l'examen du dérivé «eruditismo»: «érudition aride qui consiste en un amas confus de notions détaillées et inutiles»), jusqu'à l'«Ensemble de connaissances acquises dans un ou plusieurs champs du savoir, à travers la recherche étendue et minutieuse de données et d'informations, recherche qui n'est pas toujours accompagnée d'originalité de pensée ni de finesse de goût» du «Vocabulaire de la langue italienne» de chez Treccani; dans ce dernier cas, l'«originalité de pensée» n'est assurément pas une qualité à privilégier lorsqu'il s'agit de questions traditionnelles, mais on peut se demander de quelle autre façon aurait pu s'exprimer quelqu'un qui n'est aucunement familiarisé avec celles-ci...
En tout cas, ce que le terme «érudition», qui est ici synonyme de «verbalisme» (c'est à dire de connaissance superficielle fondée sur une accumulation de notions emmagasinées dans la mémoire), contient ou tout au moins suggère de négatif, c'est une idée de dispersion et de fragmentation qui est l'indice de la présence, chez ceux qui sont affectés d'une semblable «maladie», d'une tendance à tourner autour de ce que René Guénon, dans son oeuvre et en accord avec toutes les traditions, a appelé le «Centre», plutôt que de s'en approcher. Puisque c'est uniquement en ce point central que sont synthétisées toutes les choses qui apparaissent comme séparées à l'observation extérieure, et puisque c'est de lui qui ces choses tirent leur raison d'être et leur cohérence propre, et la conservent même quand elles sont regardées par quelqu'un qui, par sa condition individuelle humaine, est «descendu» dans la manifestation, il semble assez évident que la prise en examen de telle chose ou idée doit, pour correspondre à une réalité, c'est à dire pour être «vraie», ne pas s'écarter, ou tout au moins s'écarter le moins possible, de la considération du lien qui relie ces choses, ou idées, à ce point central.
En conséquence de ce qui vient d'être dit, lorsque les facultés individuelles, qui peuvent évidemment être plus ou moins «aiguisées», donnent une «vision» de quelque chose, c'est assurément déjà une connaissance, mais une connaissance qui demeurera toujours relative tant qu'elle n'aura pas abouti à se raccorder au lien qui unit ce quelque chose à son principe, ou, pour mieux dire, tant que la conscience individuelle de celui qui «connaît» de cette façon ne l'aura pas fait «confluer» dans ce principe. C'est pourquoi on trouve dans toutes les traditions l'affirmation selon laquelle le «travail» initiatique (qui représente le seul travail permettant d'aboutir à la vraie connaissance) consiste à éliminer l'individualisme, ou mieux encore, l'individualité elle-même, dont les attributs, d'après ce qui est dit de diverses manières selon les formes traditionnelles, laissent place au principe, si l'on peut s'exprimer ainsi, au fur et à mesure qu'ils disparaissent en tant qu'«individualisés» (3).
S'agissant de l'assimilation des éléments théoriques nécessaires pour s'engager dans une voie de connaissance, s'il est vrai que René Guénon affirme nettement qu'ils sont les seuls indispensables, à la différence de tous les autres moyens, qui n'ont qu'un rôle d'appui et d'auxiliaire, il est également vrai qu'il ajoute par la même occasion que la seconde chose nécessaire, dans l'ordre logique, c'est la concentration. Les termes en lesquels Guénon s'exprime à ce propos sont les suivants, extraits de «La Métaphysique orientale»:
«Nous ne voyons donc aucune difficulté à reconnaître qu'il n'y a aucune commune mesure entre la réalisation métaphysique et les moyens qui y conduisent ou, si l'on préfère, qui la préparent. C'est d'ailleurs pourquoi nul de ces moyens n'est strictement nécessaire, d'une nécessité absolue; ou du moins il n'est qu'une seule préparation vraiment indispensable, et c'est la connaissance théorique».
C'est ici que se place la clarification à laquelle nous faisions allusion, ou, si l'on préfère, l'élargissement de la précédente affirmation, élargissement et approfondissement qui l'illuminent de l'intérieur par le complément suivant:
«Celle ci, d'autre part, [c'est à dire la connaissance théorique] ne saurait aller bien loin sans un moyen que nous devons ainsi considérer comme celui qui jouera le rôle le plus important et le plus constant: ce moyen, c'est la concentration [souligné par nous]; et c'est là quelque chose d'absolument étranger, de contraire même aux habitudes mentales de l'Occident moderne, où tout ne tend qu'à la dispersion et au changement incessant. Tous les autres moyens ne sont que secondaires par rapport à celui-là: ils servent surtout à favoriser la concentration, et aussi à harmoniser entre eux les divers éléments de l'individualité humaine, afin de préparer la communication effective entre cette individualité et les états supérieurs de l'être» (4).
De ce point de vue, il nous semble indubitable que la connaissance théorique
elle-même, pour autant qu'elle doive être poursuivie avec une constance absolue et dans sa plus grande étendue, en raison de l'importance déterminante qui lui est ainsi attribuée par René Guénon, doit par ailleurs être abordée avec une extrême prudence (tout comme du reste les rites qui revêtent une portée proprement initiatique), c'est à dire en cherchant à éviter qu'elle ne devienne elle aussi un peu comme une «drogue» pour l'individualité, laquelle doit l'appréhender dans le but principal d'être elle-même dépassée.
A la lumière de toutes ces considérations qui seront ensuite éclairées et approfondies par René Guénon dans les «Aperçus sur l'Initiation», l'«érudition», quand bien même elle porterait sur des éléments doctrinaux qui, si l'on s'en tient à une approche un peu hâtive, sembleraient, du fait de leur nature propre, pouvoir se défendre par eux-mêmes contre un danger de pollutions que nous pourrions dire de type «individualisant», cette érudition nous semble pouvoir être définie, précisément, comme le produit d'une inclination à suivre des parcours mentaux qui tournent indéfiniment autour du centre au lieu de tendre à y pénétrer.
D'autre part, ce n'est pas à dire qu'il n'existe pas de moyens propres à déterminer le moment, ou les situations, où la préparation théorique nécessaire dégénère en «érudition» et y perd une grande partie de ses vertus indispensables; sous cet angle «diagnostique», pour s'exprimer ainsi, la tendance à l'érudition ne peut que se caractériser par des symptômes d'«individualisme», puisque c'est dans l'individualité que se coagule la «séparativité». En combattant ces symptômes, au premier rang desquels une complaisance naturelle à l'égard de ses propres connaissances fragmentaires et l'exclusivisme moins naturel dont on tend à les «colorer», on combat également ce que l'on peut appeler l'«esprit d'érudition», mais évidemment il s'agit d'une tâche et d'un travail qui incombent à chacun, celui-ci devant, si son but est véritablement d'approcher la connaissance, posséder (ou mettre en oeuvre en lui-même) une faculté d'autocritique suffisante pour lui permettre de voir s'il est en train de «lâcher la bride» à son propre «désir d'individuation», ou bien s'il est en train de s'ouvrir une voie vers la vraie connaissance, laquelle, pour être identification du sujet avec l'objet, ne pourra jamais, dans ce cas, être «individuelle», et donc exclusive.
Quiconque s'étonnerait de cette dernière affirmation pourra trouver confirmation de son bien-fondé dans l'insistance avec laquelle René Guénon a toujours tenu à préciser qu'il existe une différence profonde entre la conception des vérités métaphysiques, qui, en elle-même, échappe totalement aux limitations individuelles, et leur exposition formulée, qui, «dans la mesure où elle est possible, ne peut consister qu'en une sorte de traduction [de ces vérités] en mode discursif et rationnel» (5).
On pourrait encore ajouter que l'érudition, qui est une connaissance extérieure même lorsqu'elle prend en considération des éléments touchant à la tradition, demeure tout au plus une connaissance «par reflet», qui ne pourra constituer une base pour l'ésotériste, ou pour l'initié, que lorsque celui-ci aura décidé d'amorcer en lui-même ce processus de sortie de la succession qui, seul, peut conduire à la métaphysique comme à son résultat final et en lequel consiste la plus ou moins longue agonie de la «mort initiatique».
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