a cura di
Heredom
Traduction par
Claude Cuvillier

 

Notes de lecture

Pierre Feydel
Aperçus historiques touchant à la fonction de René Guénon

Notes de lecture

Pierre Feydel
Aperçus historiques touchant à la fonction de René Guénon

 

 

 

 

 

 

Giovanni Testanera

 

  1. René Guénon, Orient et Occident, Editions Véga, ch. II, p. 52; ce jugement synthétique porté sur les conséquences du manque de principes vrais dont sont affligées les «sciences» modernes rend également bien compte de la mauvaise foi et de la subtile duplicité de ceux qui veulent faire croire que l’étude de l’une de ces sciences serait une propédeutique indispensable à la... compréhension de l’œuvre même de René Guénon.
  2. Archè, Milan, 2003.
  3. Aperçus historiques touchant à la fonction de René Guénon, pp. 8-9.
  4. René Guénon, Introduction générale à l’étude des doctrines hindoues, Editions Véga, IVe partie, ch. V, p. 297.
  5. Le Voile d’Isis, nov. 1932, actuellement in René Guénon, Le Théosophisme, histoire d’une pseudo-religion, p. 455.
  6. Nous voulons croire que P. Feydel, en reprenant cet argument, a simplement voulu se moquer des lecteurs par une plaisanterie de mauvais goût car sinon son cas serait assez préoccupant...
  7. Par exemple, comme lorsqu’il écrit, à propos du rôle qui fut celui de Guénon par rapport à la Hermetic Brotherhood of Luxor: «A cet égard, le métaphysicien [René Guénon] apparaîtrait dans cette histoire comme Jésus, dans les visions d’Anne-Catherine Emmerich, répondant aux questions des philosophes de l’île de Chypre et leur expliquant que l’ancêtre de Zoroastre, "Dschemschid" , fut bien "un homme naturellement habile et d’une grande sagesse", "qu’il avait pris la tête d’une tribu à la suite de la confusion de la Tour de Babel", mais que ses successeurs furent de plus en plus dévoyés, et que ce "Dschemschid" n’était en réalité "qu’une copie infidèle et défigurée du Prêtre et Roi Melchissédec" sur lequel il valait mieux porter son intérêt ainsi que sur la race d’Abraham» (P. Feydel, op. cit., pp. 20-21).
    Sans commentaires; tout comme est sans commentaires le rapprochement fait entre l’un des aspects de la fonction de René Guénon et les divagations d’une «mystique» comme Anne-Catherine Emmerich. Si ce ne sont point là des symptômes de la mauvaise foi dont nous parlions plus haut...
  8. Parmi eux , nous pouvons rappeler spécialement Jean Robin, qui apparaît en quelque sorte comme le «père» de P. Feydel du fait de l’étroite parenté de mentalité qui, de toute évidence, les unit: mais, dans le livre de P. Feydel, il ne manque pas d’éléments qui sont dus à Paul Chacornac ou aux nombreux biographes déjà annexés à l’«écurie» d’Archè sur le modèle de Esotérisme et Christianisme autour de René Guénon de Marie-France James.
  9. Les précisions contenues dans la «Note» publiée dans le numéro 95 de la Rivista di Studi Tradizionali se rapportent aux productions de ce même «forum».
  10. Isikqukqumadevu est le nom que les Zoulous donnent à un monstre informe et barbu, de sexe féminin, qui vit au fond d’un marécage et dévore tout ce qui tombe à sa portée (cf. Alice Werner, Myths and legends of the Bantu, Frank Cass Publishers).
  11. Une autre attitude à laquelle nous avouons ne pas être en mesure de nous habituer (et qui est probablement en rapport avec la raison pour laquelle elle est adoptée), c’est le ton agressif et injurieux - à la limite du pénal - qui semble être de règle dans ce «forum» et autres «espaces d’échanges» du même genre sur Internet : heureusement, notons-le, il existe de louables exceptions à cette «règle» détestable même si, effectivement, il n’est pas très raisonnable d’aller les rechercher parmi les monstres africains...
  12. René Guénon, Aperçus sur l’Initiation, Editions Traditionnelles, ch. XXXIII, pp. 218-219.
C’est une chose connue, et pour certains un motif injustifié de s’enorgueillir: la capacité d’analyse des phénomènes du monde sensible en laquelle consistent les sciences de l’Occident moderne n’a rien de comparable, serait-ce de loin, à ce qu’ont développé en ce même domaine les civilisations antérieures à la société occidentale actuelle, et la quantité d’informations accumulées aujourd’hui en l’espace de quelques années dépasse de manière écrasante tout ce que des générations entières d’hommes du passé voués à l’étude ont su recueillir durant des siècles d’efforts. Même dans le domaine de ce que l’on appelle les «sciences humaines», il est indubitable que l’introduction de méthodes issues de la pratique des «sciences naturelles» a conduit à un impressionnant développement quantitatif, et l’on peut imaginer la stupeur et le désarroi d’un homme de l’antiquité qui se trouverait projeté dans quelque grande bibliothèque du jour d’aujourd’hui, où chaque détail le plus infime de la pensée et des actes d’hommes et de peuples appartenant aux époques et aux races les plus diverses est conservé, catalogué et analysé.

Toutefois, face à un si vigoureux déploiement de forces, peut-être ce nôtre ancêtre ne pourrait-il s’empêcher de se demander à quel résultat a bien pu conduire une telle accumulation, et si, tout comme «aucune aiguille n’est pourvue de deux pointes», à ce développement intensif du comportement analytique n’a pas correspondu, chez ceux que l’Occident considère comme ses «intellectuels», une proportionnelle atrophie de la capacité de synthèse. Ces questions, à vrai dire, sont de celles que se posent désormais avec une certaine fréquence même les plus lucides d’entre nos contemporains, lorsqu’ils constatent l’état de crise permanente où se débat ce que l’on s’obstine à appeler la «pensée occidentale», et qui n’est déjà plus qu’un chaotique kaléidoscope où les hypothèses les plus gratuites et les plus contradictoires se heurtent les unes contre les autres avec une violence qui n’a d’égale que leur propre précarité; c’est là la situation que René Guénon, dès les premières décennies du siècle dernier, mit magistralement en lumière à travers ses ouvrages, ouvrages dans lesquels du reste nombre des récents «critiques» de la civilisation moderne montrent de façon plus ou moins explicite qu’ils ont puisé: «[...] la science occidentale est, si l’on peut dire, toute en surface; se dispersant dans la multiplicité indéfinie des connaissances fragmentaires, se perdant dans le détail innombrable des faits, elle n’apprend rien de la véritable nature des choses [...]. S’il y a quelquefois des essais d’unification de ce savoir éminemment analytique, ils sont purement factices et ne reposent jamais que sur des hypothèses plus ou moins hasardeuses; aussi s’écroulent-ils tous les uns après les autres [...]. Du reste, l’idée occidentale d’après laquelle la synthèse est comme un aboutissement et une conclusion de l’analyse est radicalement fausse; la vérité est que, par l’analyse, on ne peut jamais arriver à une synthèse digne de ce nom, parce que ce sont là des choses qui ne sont point du même ordre; et il est de la nature de l’analyse de pouvoir se poursuivre indéfiniment, si le domaine dans lequel elle s’exerce est susceptible d’une telle extension, sans qu’on en soit plus avancé quant à l’acquisition d’une vue d’ensemble sur ce domaine [...]» (1).

Ceux qui aujourd’hui seraient disposés à souscrire à ces mots de René Guénon sont indiscutablement plus nombreux que ceux qui en reconnurent le bien-fondé au moment où ils furent écrits, et nous pourrions presque dire que l’histoire de la pensée du vingtième siècle a constitué comme une illustration des défauts qu’il cerna dans la pensée moderne: malgré cela, nous pécherions peut-être par naïveté si nous considérions que ces mots sont réellement mieux compris aujourd’hui qu’alors, puisque la tendance la plus vigoureuse qui se dessine, précisément parmi ceux-là mêmes qui, en paroles, se déclarent convaincus de l’exactitude de telles observations, consiste à l’inverse à transporter dans le propre domaine des études traditionnelles inspirées de l’oeuvre de René Guénon ces mêmes propensions à l’analyse et à l’érudition contre lesquelles il combattit toute sa vie durant. Nous avons déjà eu l’occasion de traiter du cas significatif de la revue «Ganesha» et de relever, chez ses rédacteurs et à côté d’indéniables qualités de «critique», la déplorable tendance qui fait qu’une érudition cultivée pour elle-même usurpe la place qui devrait être occupée par la connaissance; le récent livre de Pierre Feydel Aperçus historiques touchant à la fonction de René Guénon (2) pourrait à première vue sembler n’être qu’une «pierre d’achoppement» de plus placée sur la route de ceux qui auraient l’intention sérieuse de combattre, d’abord en eux-mêmes, ces tendances, mais nous devons malheureusement constater, après un examen plus approfondi, que cette approche s’avère beaucoup trop «optimiste» en regard des résultats réels que ce livre semble sciemment destiné à produire chez les lecteurs actuels de Guénon.

***

Ce qui différencie surtout le cas de ce travail de P. Feydel de celui des tentatives qui l’ont précédé sur ce terrain (et qui, de façon peut-être seulement partielle, et «naturelle» en quelque sorte, obéissaient à un même besoin d’ «opposition» à l’œuvre de René Guénon), c’est le fait que son auteur a voulu - selon ses propres mots - «donner un aperçu des chemins effacés que le métaphysicien [René Guénon] redessina [?] sous nos yeux tant dans ses écrits publics et privés qu’à travers sa propre existence; c’est pourquoi la première partie de notre étude prend appui sur certains épisodes de la vie "sainte" [!], ou plutôt sacrée, de René Guénon afin d’en dégager les événements d’importance au moins cosmique [sic!] qui vinrent s’y adjoindre ainsi qu’il se devait» (3) [souligné par nous]. Au-delà du style exagérément «dévotionnel», très étonnamment hors de propos vis-à-vis d’un auteur comme René Guénon, il faut avant tout souligner que l’objectif général poursuivi par P. Feydel, c’est-à-dire la volonté de tirer d’une analyse d’«événements» biographiques des indications utiles à la compréhension réelle des idées exprimées par un auteur, cet objectif correspond à ce que Guénon lui-même stigmatisa explicitement comme étant «une illusion»: «[...] on sait combien les détails biographiques les plus insignifiants tiennent de place dans ce qui devrait être considéré comme l’histoire des idées, et combien est commune l’illusion qui consiste à croire que, quand on connaît un nom propre ou une date, on possède par là même une connaissance réelle; et comment pourrait-il en être autrement, quand on apprécie plus les faits que les idées(4) [souligné par nous]. Dans le cas spécifique de l’application d’une semblable «méthode» à l’œuvre de René Guénon, cette illusion revêt un caractère particulièrement grave car elle correspond à la prétention de remonter, en partant de l’analyse de «faits» extérieurs, jusqu’à la compréhension de la fonction d’un métaphysicien, fonction qui, en toute logique, ne pourrait être appréhendée que grâce à la pénétration intellectuelle des doctrines métaphysiques qu’il expose, ou par le développement d’une attitude opposée à celle, finalement «empirique» et superficielle, que nous présente P. Feydel: nous devrons donc parler, dans ce cas, d’égarement plutôt que d’illusion, et nous ne pouvons pas croire que P. Feydel, même s’il est mû par des forces dont il ne soupçonne peut-être pas la nature, ne soit nullement conscient du fait que c’est cet égarement-là qu’il propose à ses lecteurs.

En tout état de cause, ce qui ne nous incite guère à accorder à tous les auteurs d’«hagiographies» de Guénon (y compris P. Feydel) la circonstance atténuante de la bonne foi, c’est le fait qu’ils n’aient, semble-t-il, pas eu l’occasion, lors de leur patient travail de «dépouillement des sources», de tomber sur l’une des diverses affirmations par lesquelles René Guénon lui-même eut à se prononcer, dans son œuvre publique, sur des tentatives d’«enquêtes» analogues à celle que conduit P. Feydel, et qui coupent court à toute prétention de rechercher des «clefs biographiques» utiles à la compréhension de sa fonction et de son œuvre: «- Nous prions nos lecteurs de noter: [...] qu’il est pareillement inutile de nous demander des renseignements "biographiques" sur nous-mêmes, attendu que rien de ce qui nous concerne personnellement n’appartient au public, et que d’ailleurs ces choses ne peuvent avoir pour personne un intérêt véritable: la doctrine seule compte, et, devant elle, les individualités n’existent pas» (5) [souligné par nous].

Maintenant, le fait que ces paroles puissent ne faire ni chaud ni froid à un biographe qui ne considère Guénon que comme un simple «écrivain» parmi tant d’autres, et qui s’attache surtout à satisfaire les curiosités les moins recommandables des «coureurs de spectacles» (c’est ce qu’affirma sournoisement Chacornac/Reyor le premier dans sa Vie simple de René Guénon) représente quelque chose que nous comprenons sans peine: mais ce qui nous paraît tout à fait incompréhensible, c’est la façon dont peuvent cohabiter, chez la même personne, un respect sincère et honnête pour ce que René Guénon a représenté, et un mépris aussi grossier pour les indications qu’il donna, dans l’intérêt de ses lecteurs, sur les informations «biographiques» le concernant en propre.

Mais même en voulant forcer le «bon sens» jusqu’à faire croire que l’on puisse chercher à être «fidèles» à un auteur... en faisant exactement le contraire de ce qu’il indiquait, nous devons quand même souligner que les «étrangetés» présentes dans la structure même du livre que nous avons entre les mains ne s’arrêtent pas là, et cela ne fait que confirmer que notre soupçon relatif à une mauvaise foi insinuante parcourant tout le livre est plutôt fondé: ce qui en particulier ne peut qu’apparaître incongru, c’est la prétention, avancée par P. Feydel dans l’introduction déjà citée, de mettre sur le même plan les textes publics de Guénon et ceux qui sont d’ordre privé, prétention basée sur l’argument grotesque, emprunté à C. Gayat, et suivant lequel, le nom arabe de Guénon signifiant «Serviteur de l’Unique», il n’est pas nécessaire de faire la distinction entre sa correspondance privée et son œuvre publique, puisque le tout forme un ensemble unique (6). Négligeant charitablement de répondre dans le détail à de telles absurdités, nous devons simplement souligner que, même si la correspondance privée de Guénon était, comme le dit P. Feydel en citant encore C. Gayat, «une des expressions de sa fonction», elle ne le serait, et ce exclusivement, que par rapport à ses destinataires, et, si Guénon avait voulu rendre publiques les indications et suggestions qu’il formulait ad personam à ses correspondants, alors, simplement, il l’aurait fait, en les incluant dans ses articles ou dans ses livres. C’est là une considération très élémentaire, sans aucune prétention «cosmique», tout comme il est communément répandu de ne pas souhaiter que ce que l’on écrit à un correspondant déterminé aille satisfaire la curiosité importune de tierces personnes. Nous sommes parfaitement conscient du fait que ces règles élémentaires de comportement sont étrangères aux coutumes en usage chez les soi-disant «hommes de lettres», parmi lesquels il s’en trouve certainement quelques-uns qui, même, se feraient une joie de voir leur propre vie privée passée au peigne fin par leurs plus fervents admirateurs: mais, comme on ne le constate que trop clairement d’après la citation ci-dessus, ce cas ne fut absolument pas celui de René Guénon, et ne pouvait évidemment pas l’être...

***

C’est pourquoi, si l’on considère les lourdes limites qui pèsent sur la «méthode» choisie par P. Feydel pour aborder l’objet de son étude, il n’y a rien d’étonnant à ce que le contenu de son livre se révèle éloigné au-delà de toute imagination de cette «histoire sacrée» qu’il évoque imprudemment dans son introduction, et se réduise exclusivement à une impressionnante moisson de détails biographiques tirés de sources dont la fiabilité est des plus diverses et hétérogènes, et qui ne sont reliés entre eux que par les conjectures souvent fantaisistes, et parfois même fantasmatiques (7), de l’auteur. D’autre part, si vraiment Guénon a joué un rôle tout à fait «hors du commun» (ce que nous croyons aussi nous-même, quoique dans un sens très différent de celui qui ressort des divagations d’ «ésotérisme-fiction» de P. Feydel), nous pourrions nous demander comment il se ferait que la signification réelle des événements et indications d’ordre privé qu’il donnait à ses correspondants les plus sûrs puisse être pénétrée, si P. Feydel le permet, par le premier venu, et ce à travers sa seule patiente persévérance de «collectionneur d’anecdotes» et une fantaisie débridée ?

Il ne nous semble pas utile de nous étendre davantage sur le résultat «factuel» des labeurs de P. Feydel, que nous abandonnons bien volontiers à ceux qui sont friands d’«histoire secrète» plus ou moins indiscrète et malveillante, car nous estimons plus opportun de poursuivre brièvement cette recension par quelques considérations relatives aux sources qu’il a utilisées pour composer cet insolite patchwork. Si nous disons «insolite», ce n’est pas parce que l’idée de P. Feydel est en elle-même particulièrement originale, puisqu’elle illustre au contraire assez fidèlement, comme nous le disions plus haut, l’un des «vices» les plus typiques de la mentalité occidentale moderne, qui a déjà produit divers antécédents en matière de «biographies» de Guénon (8): ce qui différencie ce livre de ses «ancêtres», c’est la masse impressionnante de détails qu’il passe en revue et qu’il est impossible de s’expliquer en ne recourant qu’aux seuls «repêchages», pourtant abondants, que P. Feydel a puisés chez de précédents auteurs.

Ce qui aide à résoudre cette question, c’est le renseignement, dont nous n’avons pas de raison de douter, suivant lequel le «bouillon de culture» que représente ce livre résulte des modernes technologies de traitement des informations grâce auxquelles il a été possible de créer un véritable «forum» d’échange de données (9), où circuleraient des «dossiers» concernant des personnages présents et passés qui se sont intéressés à l’œuvre de Guénon, dossiers mêlés à de soi-disant «recensions» qui, en réalité, ne consisteraient qu’à faire des... listes de fautes d’orthographe ou erreurs d’impression commises par tous ceux qui traitent de questions relatives à l’œuvre de Guénon. Quant aux fins que poursuivent ceux qui travaillent dans ce «laboratoire central», qui nous est décrit comme extrêmement prolifique et «professionnel», nous n’avons pas l’heur de les connaître: nous ne pouvons cependant pas ne pas remarquer le sinistre «nom de bataille» choisi par son dominus, isikqukqumadevu (10), et la non moins déconcertante dénomination sous laquelle, à ce qu’il paraît, P. Feydel se ferait appeler dans ces milieux, c’est-à-dire campanuleaberrante . Peut-être sommes-nous irrémédiablement exclu de la compréhension de phénomènes qui peuvent paraître «usuels» aux yeux des nouvelles générations, forgées au «style» de l’«horreur» (11) mais nous ne pouvons nous dispenser d’observer que -du moins dans le cas que nous examinons ici- toutes ces «étrangetés» injustifiables, regardées avec suffisamment de recul, finissent par composer (et c’est là l’objectif qui nous semble être subtilement visé) un ensemble passablement cohérent autour de sa capacité à détourner les lecteurs potentiels de René Guénon d’un approfondissement sérieux conforme à la direction indiquée par lui; direction qui n’était assurément pas celle de la recherche biographique, ou bibliographique, ou de la compilation de «dossiers» policiers, mais bien plutôt quelque chose d’éminemment incomparable sur les plans du sérieux, de l’engagement, et, ajouterions-nous, de l’effectivité - ne serait-ce que dans l’acquisition correcte de la doctrine.

C’est précisément par un rappel à ce qui pourrait et devrait être fait, conformément aux indications explicites et publiques de René Guénon, que nous voudrions conclure cette déjà trop longue recension de tortuosités et déviations, espérant ainsi laisser dans l’esprit des lecteurs quelque chose de plus «positif» que le souvenir du livre et des milieux dont nous avons eu l’occasion de traiter: «[...] toute connaissance exclusivement "livresque" n’a rien de commun avec la connaissance initiatique, même envisagée à son stade simplement théorique. [...]. Celui qui lit [des livres dont le contenu est d’ordre initiatique] à la façon des gens "cultivés", ou même celui qui les étudie à la façon des "érudits" et selon les méthodes profanes, n’en sera pas pour cela plus rapproché de la véritable connaissance, parce qu’il y apporte des dispositions qui ne lui permettent pas d’en pénétrer le sens réel ni de se l’assimiler à un degré quelconque [...]. Tout autre est le cas de celui qui, prenant ces mêmes livres comme "supports" de son travail intérieur, ce qui est le rôle auquel ils sont essentiellement destinés, sait voir au delà des mots et trouve dans ceux-ci une occasion et un point d’appui pour le développement de ses propres possibilités; ici, on en revient en somme à l’usage symbolique dont le langage est susceptible, et dont nous avons déjà parlé précédemment. Ceci, on le comprendra sans peine, n’a plus rien de commun avec la simple étude livresque, bien que les livres en soient le point de départ; le fait d’entasser dans sa mémoire des notions verbales n’apporte pas même l’ombre d’une connaissance réelle; seule compte la pénétration de l’"esprit" enveloppé sous les formes extérieures, pénétration qui suppose que l’être porte en lui-même des possibilités correspondantes, puisque toute connaissance est essentiellement identification; et, sans cette qualification inhérente à la nature même de cet être, les plus hautes expressions de la connaissance initiatique, dans la mesure où elle est exprimable, et les Ecritures sacrées de toutes les traditions elles-mêmes, ne seront jamais que "lettre morte" et flatus vocis» (12) [souligné par nous].

Bien que cela puisse sembler surprenant aux yeux de certains, et peut-être même troublant pour d’autres, c’est pour favoriser la poursuite de ce même objectif négatif qu’ont été écrits des livres comme celui-ci (pour s’en convaincre il suffit d’observer de quelle source il provient...). Et nous pouvons ajouter que les initiatives «télématiques» qui font aujourd’hui faussement mine de s’y opposer, obéissent en réalité à la même logique perverse (pour s’en rendre compte il suffit de prendre acte de l’impudente «qualité» du langage adopté, le plus éloigné qui soit du verbe lumineux de René Guénon...), cela sans que l’on n’explique jamais les raisons des positions soutenues. A nos yeux, il est évident que, dans l’un et l’autre cas, nous nous trouvons face à la dernière «trouvaille» conçue en matière de «nouvelles techniques d’attaque contre l’œuvre de René Guénon»; mais il nous semble clair que, seuls, tomberont dans ces pièges sournois marqués des stigmates de la «psychologie appliquée» la plus moderne ceux qui étudient ces choses «à la façon des "érudits" et selon les méthodes profanes». Les rares autres, qui existent encore, et pour qui compte encore la «pénétration de l’"esprit"», se riront de semblables guets-apens, et ne pourront que plaindre ceux qui s’appliquent à les mettre en œuvre.